Danser pour oublier
2012/08/13 1

Au fil des années, de la pratique et des aléas des études supérieures en art, mon travail s’est déplacé vers le son et le rythme; ces médiums me permettent d’explorer plus avant l’idée du voyage-pour-oublier et celle de la transe du voyageur, deux concepts qui sont à la base de ma démarche de création. La mémoire collective est au cœur de cette exploration, ainsi que l’idée de ne pas avoir une identité propre, de n’être qu’une série d’influences extérieures. L’art, pour moi, passe par le corps, de la même manière que l’identité.

 

 

Dans cette série de photographies, j’ai voulu montrer qu’une danseuse, par exemple, est un voyageur dans son propre corps, et qu’elle se transporte dans le cadre d’un voyage qu’elle fait sien, un voyage spirituel au cours duquel elle s’oublie complètement, au cours duquel elle devient un jeu pour les autres. Je voudrais parler d’une transe, de cet « [é]tat modifié de conscience, caractérisé par une réduction de la sensibilité aux stimulations, une altération ou même une perte transitoire du contact avec le milieu extérieur, la substitution de comportements automatiques à une activité volontaire et une fréquence exaltation avec euphorie donnant au sujet l’impression qu’il est transporté hors de lui-même et du monde réel1. » Je cherche à savoir si la danseuse qui danse, si le DJ qui mixe la musique, si l’artiste en processus de création, bref, peut être considéré comme étant en transe. Et cette transe se traduit par le son et ses diverses représentations.

 En effet, je cherche à montrer qu’on ne doit pas ignorer le bruit; quand l’homme n’écoute plus autour de lui, c’est comme s’il acceptait de diminuer l’intensité de l’acoustique de son environnement et comme s’il perdait une expression vibrante qui peut être ressentie par tous ses sens. Un son fort en vibrations peut faire bouger certains organes du corps humain et faire en sorte qu’on le ressente dans notre intérieur. On peut alors percevoir comme une sorte de pression, qui implique un état de bien-être ou un état plutôt inconfortable. Le flou sur les photos que je crée représente ce bruit, une sorte de white noise ou d’interférence, des sons produits sur une fréquence que l’oreille humaine ne peut pas toujours capter. Ces photos s’inspirent de l’effet de « neige » qu’on peut voir sur un téléviseur mal branché qui capte toutes les fréquences en même temps qu’il n’en capte aucune.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. Bloch, H. (2000), Grand Dictionnaire de la Psychologie, Paris, Larousse, p.958-959. []