Un espace personnel
2012/08/15 1

La performance « La boîte intègre (integrity box) » a eu lieu pour la première fois à la Gare de Metz, en France, en février 2011; j’ai reproduit ensuite cette performance à la Gare de Zurich, en Suisse, en juin 2011. Les deux fois, je me suis mise dans une boîte en carton et j’attendais la réaction des gens. Le projet visait à étudier la réaction des passants dans les espaces publics, à la vue d’un individu enfermé dans un espace personnel et métaphorique.

La première performance a été filmée et la vidéo qui suit est, d’une certaine manière, une trace, un témoignage, une sorte de souvenir durable permettant d’archiver l’exercice.

À travers ce projet, je veux parler de la nécessité d’entretenir un espace personnel et de la peur que cela fait naître chez l’autre. Le quiproquo vient de l’urgence de ce besoin d’indépendance et d’intimité, presque violent et désespéré, ce besoin de s’enfermer dans un carton comme seul rempart contre le monde extérieur. Ce dernier va fait naître une incompréhension pouvant susciter une impression de danger. Une boîte en carton n’a jamais fait de mal  personne, mais abandonnez-en une dans un lieu public et vous verrez ce qu’il se passe.

La boîte est le symbole de l’intimité, un espace de réflexion qui me permet de préserver mon identité malgré l’incompréhension que cela a suscitée.

L’intégrisme est une chose dangereuse; l’intégrité, une chose primordiale. La boîte en carton, perçue comme « bombe intégriste », devient protectrice d’intégrité.

         « Le terme de “distance personnelle” que l’on doit à Hedinger désigne la distance fixe qui sépare les membres des espaces sans contact. On peut l’imaginer sous la forme d’une petite sphère protectrice, une bulle, qu’un organisme créerait autour de lui pour s’isoler des autres1 », écrit Edward T. Hall. La boîte matérialise mon « espace personnel ». Du moment que cet espace devient visible, il est susceptible  d’attirer l’attention d’autres personnes qui essayeront éventuellement d’interagir avec cet espace. C’est-à-dire qu’en donnant une existence concrète à cet espace personnel, il devient collectif, d’une certaine manière.

         Ma boîte est une métaphore, elle représente mon espace personnel, une maison fragile comme celle d’une SDF. Cet espace est imaginaire et il m’est propre, il répond immédiatement au besoin d’intimité et de silence. Chacun aspire à se retirer dans un endroit qui lui appartient et où il peut se détacher de la société et arriver à s’exprimer librement. Est-ce cela nous aide à devenir plus détendu? Et de quel espace parle-t-on? La maison? La chambre? L’atelier? Ou un lieu fictif?

  1. Edward T. Hall (1971), La dimension cachée, Paris, Seuil, p. 150. []