Ce texte a été écrit dans le cadre du colloque « Portrait de l’artiste en intellectuel: enjeux, dangers, questionnements », qui a eu lieu les 26 et 27 octobre 2012, à l’Université Laval.

 

Vers le milieu des années 1980, des professeurs de création littéraire de l’Université du Québec à Montréal ont commencé à utiliser la notion de théorie de la création pour préciser leur rapport au sein de l’institution universitaire. Dès son énonciation, cette notion a soulevé beaucoup plus de méfiance que d’enthousiasme. Au sein d’un département d’études littéraires, il semblait difficile d’envisager une liaison conceptuelle entre théorisation et création autrement que par la fréquentation très subjective de la psychanalyse ou de l’autopoïétique; et même au sein de cette approche contestée, la félicité d’une combinaison entre théorie et création ne pouvait satisfaire les exigences systémiques demandées aux théories issues des cultures scientifiques de la seconde moitié du XXe  siècle. Au-delà du groupe formé par ces professeurs de création littéraire, ce concept antinomique ne passait pas. Force est d’admettre que l’absence d’article marquant et de recherches doctorales aura grandement contribué au maintien d’une méfiance à l’égard de ce qui, en apparence, avait pris la forme d’une fausse bonne idée.

Voilà donc pour l’histoire régionale de la notion de théorie de la création. Entrons maintenant dans un domaine encore plus subjectif : ma petite histoire. Environ un quart de siècle après l’apparition de la notion de théorie de la création, c’est au cours de ma maîtrise en création littéraire que j’ai croisé cette idée. Il s’agissait d’une découverte qui tenait pratiquement du hasard puisqu’aucun des professeurs alors en poste ne l’employait ouvertement. Au quotidien, il y était surtout question d’approche du travail créateur et de méthodologie – des notions certainement plus neutres, des corrélats conceptuels plus acceptables parce que non aporétiques au plan notionnel. En 2009, dans le cadre des études de deuxième et de troisième cycle à l’UQÀM, le terme théorie de la création tenait en une ligne dans le descriptif doctoral du site Internet départemental, comme s’il avait été laissé sur place à la manière d’un artéfact issu d’une époque oubliée et qu’aucun comité n’aurait pris la peine de l’effacer. Pour l’amateur de paradoxe que je suis, j’ai vite compris que cette notion était un objet glissant qui avait les caractéristiques d’une terra incognita sur la carte des études littéraires.

En tant que domaine d’étude doctoral, les théories de la création demandent non seulement la constitution d’une problématique, d’un corpus et d’une proposition thétique, mais il impose la constitution d’une méthodologie adaptée à ses nombreux caprices logiques. Vue de mon angle d’écrivain qui aime bien inventer à la moindre occasion, cette dangerosité institutionnelle prenait l’allure d’une liberté à prix fort, mais d’une liberté certaine. Abordée du strict aspect méthodologique, j’y voyais le moyen de spéculer autour d’une question antinomique qui, par son aspect paradoxal, s’approchait des problématiques des recherches philosophiques et neuroscientifiques contemporaines. Mais à cette étape, répondre à une problématique de création par la théorisation ne devenait pas un objectif unique, il fallait créer l’écosystème à l’intérieur duquel les questions pouvaient évoluer.

Dès le départ, il m’apparaît qu’une théorie de la création appelle implicitement à une création de la théorie. Pour éviter le piège d’un système qui réduirait la création à une suite d’applications reproductibles (ce qui aurait pour effet d’éliminer toute créativité du concept même de création), le sens du terme théorie gagne à être lié à sa racine latine theoria, signifiant spéculation. Perçue de cette manière, la théorie n’a pas à suggérer le vrai autant qu’elle se doit d’être véridique en rapport à la problématique constituant son objet. Quant à elle, la notion de création bénéficie grandement d’être restreinte au domaine littéraire, ne serait-ce que pour éviter de se retrouver dans le fascinant piège philosophique que serait l’élaboration d’une épistémologie de la création.

Toujours dans cette analyse formelle du libellé ou le moindre détail devient révélateur, j’attire l’attention sur le fait qu’il est question d’une théorie de la création, non pas d’une théorie sur la création ni d’une théorie à propos de la création. Dans le libellé théorie de la création, le de enchâsse, sinon intègre, la théorie dans la création. L’usage du la n’est pas plus anodin : tant au sens cognitif que Bakhtinien, la création est un acte. Dans l’occurrence où il aurait été fait mention d’une théorie de création, le libellé aurait potentiellement pointé vers une théorisation générale de l’acte par l’analyse de ces phases comme le proposait Didier Anzieu ou encore, selon l’autopoïetique systémique de René Passeron. Une théorie de création suggèrerait l’établissement théorique d’un processus universel cherchant à contenir et à définir l’acte de création dans une structure ou un système, ce qui, à mon sens, correspondrait à un positivisme logique aussi naïf que stérile. Mon interprétation de théorie de la création littéraire se traduit donc par mise en spéculation de l’acte de création littéraire. Une formule moins directe, mais certainement plus facile à détailler au plan méthodologique. Il s’agit alors de spéculer sur l’acte pour y comprendre un rapport unique, subjectif et particulier. Ce faisant, les éléments universels propres à l’acte de création surgissent non pas pour être contenus dans un système cherchant à régler la question une fois pour toutes : les universaux s’intègrent plutôt dans la syntaxe de questions servant à produire de nouvelles interrogations. Ces dernières sont  ainsi articulées pour éclairer une démarche subjective qui ne saurait se résumer à une logique. Et c’est en ce sens que les théories de la création deviennent particulièrement intéressantes : elles apportent plus de questions que de réponses, elles ne règlent absolument rien.

Vendre un pareil concept aux théoriciens littéraires les plus stricts est une tâche complexe parce qu’au plan méthodologique, il s’apparente aux problématiques de la philosophie de l’esprit contemporaine, particulièrement sur les questions touchant les problèmes de la conscience. Hors des universités, on pourrait croire qu’une recherche sur les théories de la création pourrait intriguer les créateurs, supposément toujours à l’affut de nouveauté. Bien entendu, ce n’est pas plus simple de ce côté. Il existe bien peu d’écrivains et de créateurs intéressés à comprendre ce qui se déroule en eux lors de l’acte de création. Très souvent, ces individus créent comme le conducteur conduit sa voiture, c’est-à-dire sans chercher à comprendre les lois de la physique qui font qu’une automobile roule du point A au point B. Pour plusieurs, l’acte de création relève presque du sacré, du mystère pur. Si de nombreux créateurs redoutent ou se méfient de la notion des théories de la création, c’est parce qu’en analysant des mystères qu’ils manipulent et défendent, ils perçoivent la possibilité d’une perte d’exclusivité et le risque d’assister à la banalisation d’un mystère qui les anime. Ces créateurs se perçoivent souvent comme les dépositaires et les usagers d’une manière unique d’être au monde, faisant œuvre de différence par l’intuition, l’imagination, la sensibilité; des domaines privés, parfaitement ineffables, comme le sont nos rêves et nos souvenirs, des domaines à l’intérieur desquels une analyse logique semblerait aussi vaine que déshumanisante.

Il faut reconnaître que le désir de comprendre ce qui motive l’être humain à créer avec le langage peut déplaire puisqu’il risque de mettre à mal des aspects déterminants de l’imaginaire de la création. Cela n’a rien de nouveau, n’importe qui ayant la prétention d’éclaircir certains mystères reçoit généralement un accueil glacial. Mais à une époque où, par exemple, des professeurs doivent lutter pour maintenir le droit d’enseigner que l’homme n’a pas été créé par un dieu omniscient il y a quelque six mille ans, je répondrai aux partisans de l’ignorance volontaire que certaines questions méritent parfois d’être posées, ne serait-ce que pour donner des choix à ceux qui désirent croire à la connaissance plutôt que de s’appliquer à connaître une croyance.

Sur le plan de l’analyse littéraire, les théories de la création littéraire doivent être envisagées comme des théorisations des actes propres à l’avant-texte et au pendant-le-texte. Elles spéculent à partir d’analyses d’expériences d’actes cognitifs non factuels, subjectifs, souvent considérés comme étant ineffables et non intégrables dans un modèle systémique. En gros, les théories de la création littéraire abordent ce qui échappe au langage et à ses logiques. Un peu comme la génétique littéraire, elles vont s’intéresser à ce qui marque la gestation du texte, sa rumination, son écriture, ses ratures, ses réécritures, mais contrairement à la génétique, elles ne se fondent pas sur l’analyse des artéfacts du processus de création, elles s’attardent plutôt aux phénomènes sous-jacents à ces actes.

Il est important de souligner qu’il n’existe pas UNE théorie de la création, mais bien DES théories de la création. En gardant à l’esprit que l’objet de recherche est une mise en spéculation de l’acte de création littéraire, toute forme de texte abordant frontalement un ou plusieurs aspects de la création renferme une part de spéculation explicite. On pourrait facilement objecter que tout texte, ne serait-ce que par la mise en valeur d’un style ou d’une idée précise contient également une part de spéculation sur l’acte de création littéraire. Cette affirmation serait juste. Pour ces cas très nombreux, j’utilise la notion de spéculation implicite. Mais pour les besoins de cet article, je me contenterai de relever les œuvres qui entrent explicitement dans les théories de la création.

Si nous prenons arbitrairement le XXe siècle comme point de départ, il est facile d’identifier plusieurs théories de la création au sein des avant-gardes. Qu’il s’agisse du manifeste anarchiste dadaïste de Walter Serner, des manifestes plus programmatiques de Tristan Tzara ou du Manifeste du surréalisme d’André Breton, on se retrouve chaque fois devant des positions affirmées, des assises spécifiques cherchant à déterminer une ou des postures de création. En cheminant plus loin, on trouve How to write de Gertrud Stein, une œuvre moins explicite que son titre ne le suggère, mais qui démontre par l’exemple une indéniable logique de création axée, entre autres, sur le problème de l’écriture du présent. En avançant un peu, on y croise Georges Bataille et Maurice Blanchot, l’un avec L’expérience intérieure, l’autre avec L’écriture de désastre. Du côté de Julien Gracq, En lisant, en écrivant propose une approche plus contemplative; il y a Marguerite Duras et son célèbre Écrire, la poète belge Claire Lejeune avec L’atelier et ses considérations métaphysiques, Botho Strauss et ses réflexions sur la ligne et la tache dans L’incommencement, Valère Novarina et sa fièvre d’écriture avec le son du corps dans Devant la parole, Philippe Forest et son analyse post-lacanienne de l’écriture du réel dans Le roman, le réel. Aux États-Unis, il y a les pragmatiques Story de Robert McKee et The Art of Fiction de John Gardner, issus tous deux du très éthiquement contestable creative writing nord américain. Toujours de l’autre côté de la frontière, on trouve également The writing life d’Annie Dillard, qui propose l’une des réflexions les plus clairvoyantes sur l’acte d’écriture et sur l’empathie. Au Québec, la quasi-totalité des titres de la collection «Écrire» aux éditions Trois-Pistoles se consacre à ces questions, tout comme le fait Susanne Jacob dans La bulle d’encre, Yvon Rivard dans Une idée simple et René Lapierre, particulièrement dans ses essais L’atelier vide et Renversements qui explorent les espaces d’indétermination signifiants où l’acte d’écriture devient possible. Cette liste n’étant pas exhaustive, il ne s’agit que d’une infime partie d’un corpus beaucoup plus vaste.

Bien sûr, les écrivains ne sont pas seuls à loger à l’enseigne des théories de la création, des théoriciens purs et durs s’y sont aussi aventuré, notamment Paul Ricœur dans l’imposant Temps et récit, le neuropsychologue Merlin Donald dans A mind so rare, le neurolinguiste Mark Johnson dans The meaning of the body, Roland Barthes dans Le plaisir du texte. Parmi cette variable du corpus, Mikhaïl Bakhtine se distingue particulièrement. Dans un de ses premiers textes, intitulé L’auteur et le héros, ce dernier a élaboré une phénoménologie de l’acte de création où il propose que le rapport entre le texte et son auteur relève d’une forme proto-dialogique. La théorie dialogique qui l’a rendu célèbre n’apparaît pas directement dans ce texte, même si on y trouve tous les ingrédients. Au strict plan anecdotique, il me semble intéressant de souligner que la théorie dialogique a évolué à partir d’une théorie de la création littéraire.

Après l’énumération d’une telle liste de titres, on comprend que non seulement il existe un corpus des théories de la création, mais qu’il y a une importante somme de textes à partir desquels il est possible de fouiller le rapport à l’acte de création sans se condamner au monologue subjectif de l’autopoïétique ou à la dialectique restrictive de la psychanalyse. Un écrivain qui chercherait à éclairer ou à alimenter sa propre théorie de la création pourrait aisément s’engager dans un rapport dialectique ou dialogique avec ces multiples spéculations de l’acte de création.

Toujours sur le plan de l’analyse littéraire, dans les textes des théories de la création, il se trouve toujours un passage révélant l’impossibilité de représenter la nature réelle de l’acte de création. La tentative d’illustrer où de mettre en lumière cette impossibilité donne naissance à de nombreuses figures aporétiques. Ces passages sont les points de spéculation où la figure devient l’unique moyen de constituer un imaginaire représentatif d’une fraction de l’expérience de l’acte de création. En d’autres termes : un imaginaire des phénomènes indicibles. À défaut de pouvoir présenter le réel de l’acte, les auteurs ont recours à divers moyens d’ouvrir la réalité du texte à la présence de ce réel. Derrière cette posture, on peut facilement intégrer les propos presque tricentenaires du philosophe italien Giambattista Vico tirés de La science nouvelle :

Il y a une autre faculté propre à l’esprit humain, qui fait que lorsque les hommes ne peuvent se former une idée des choses, parce qu’elles sont éloignées et inconnues, ils se les figurent d’après celles qu’ils connaissent, et qui leur sont présentes1 .

Avec cette vieille idée à l’esprit, on comprend que l’analyse des figures aporétiques de la création littéraire ouvre sur l’interprétation de tentatives de mise en récit, d’élucidations ou de mythification de phénomènes et d’expériences d’actes ineffables. Au plan herméneutique, il s’agit d’interpréter un imaginaire de l’imagination et d’un imaginaire de l’intuition où la spéculation crée ce que la création spécule. Au-delà  de ce vertige logique et syntaxique, cette proposition peut se décliner ainsi : d’un point du vue cognitif, rien n’est plus complexe que l’esprit humain, puisqu’il est la source de l’imaginaire de sa propre complexité.

Les théories de la création se présentent comme des spéculations qui se créent. Bien entendu, les objectifs sont relatifs aux intentions de l’auteur. Ceux d’un Paul Ricœur n’étaient assurément pas les mêmes que ceux d’un Valère Novarina. Ricœur cherchant à universaliser des phénomènes particuliers, Novarina tentant de son côté de particulariser l’universel. Cela dit, ces variables d’intentions soulèvent la valeur multiple qui est accordée au terme théorie2 . C’est ce qui pend au nez des théories de la création qui peut en inquiéter plusieurs: dans un contexte où seul l’acte de création fait œuvre de véridicité, tout discours lié à cet acte est marqué par la subjectivité, et ainsi, par la prédominance du relativisme.

Et c’est là un des magnifiques problèmes des théories de la création, c’est-à-dire l’absence de finalité autre que la création en elle-même. Dans ce domaine d’étude où tout reste à faire, on peut spéculer abondamment autour des phénomènes cognitifs abordant les questions de patterns, de perceptions, de création du sens. On peut y ouvrir des questions laissées en plan par les grandes voix du poststructuralisme; particulièrement des questions portant sur le problème de l’émergence du donné sur lequel tant de théories culturelles se fondent. On peut y exploiter la querelle des philosophes de l’esprit distinguant les approches phénoménologiques internalistes et externalistes cherchant à déterminer si l’esprit crée sa réalité et sur quelles bases perceptuelles il le ferait. On peut y fouiller la question de la mimésis en demandant simplement : «Mais qu’est-ce que la mimésis imite au juste?» On peut y intégrer la neurobiologie de la création du soi par l’intéroception émotive chez Antonio Damasio, qui, incidemment, trouve un très fort enracinement philosophique chez Spinoza. On peut y explorer la question de l’empathie esthétique comme l’avait proposé Théodor Lipps à l’aube du XXe siècle en y adjoignant l’apport de Bakhtine. On peut relier ces théories de l’empathie aux recherches neurobiologiques de Jean Decety qui suggèrent ni plus ni moins que mimésis et empathie seraient deux déclinaisons d’un même phénomène cognitif fondamental. On peut regarder du côté des théories de l’origine du langage chez Ray Jackendoff, Derek Bickerton et particulièrement chez Ellen Dissanayake pour tenter d’envisager non seulement la littérature comme une création, mais de considérer que le langage a fait l’objet d’une lente évolution bioculturelle au fil d’une succession d’émergences et de reprises. Et ce ne sont là que des propositions embryonnaires.

Les études littéraires sont un domaine relativement jeune dans l’histoire académique. Au-delà des nombreuses écoles, des tendances et des chapelles théoriques qui semblent aujourd’hui si bien établies qu’elles paraissent immuables, je crois qu’il y existe une nécessité épistémique d’innovation et d’ouverture propre à tout domaine de recherche. Peut-être est-ce une candeur volontaire de ma part qui vient brouiller la réalité de cette situation, mais j’estime qu’un domaine de connaissance s’intéressant à l’imaginaire humain ne doit pas considérer la subjectivité ou le mystère comme une frontière, mais plutôt comme un tremplin.

Plus les connaissances sur l’être humain évoluent, plus nous découvrons que l’esprit procède par des formes narratives, que le sens, en tant que simple pattern, demande une capacité de rendre linéaire des phénomènes relevant de la spatialité. Aussi loin que remontent les traces disponibles des cultures humaines et proto-humaines, on trouve des indicateurs de récits, qu’il s’agisse des peintures rupestres trouvées à Lascaux et à Chauvet, des sépultures du paléolithique moyen ou des bifaces ornementaux du paléolithique inférieur; chaque fois, nous identifions méthodologiquement les signes d’intelligence humaine à partir d’une capacité à créer des symboles signifiants, des artéfacts suggérant que l’imaginaire préhistorique est narratif.

À l’heure où la neurobiologie, la philosophie de l’esprit, la neurolinguistique, la paléoanthropologie et la neurophénoménologie abordent la question de l’esprit et de la conscience comme un problème de création de sens par le pattern et le récit, il serait navrant de laisser en plan des décennies de recherches littéraires touchant ces problématiques. Mais pour participer à cette mouvance, les études littéraires doivent accepter le relativisme relatif d’un domaine de recherche qui n’apporterait aucune réponse, mais qui saurait développer la syntaxe de nouvelles questions. Si la littérature en tant que domaine d’étude nie sa capacité à discourir sur sa propre émergence pour se concentrer à la réinvention de sa perspective herméneutique, je crains que les théories littéraires sombrent rapidement dans une redite étrangement rassurante et qu’elles perdent une excellente opportunité d’entrer en dialogue avec les principales recherches sur l’être humain au début du XXIe siècle. Pour revenir à ce renversement simple, la notion de théorie de la création demande véritablement de créer de la théorie.

  1. Giambatista Vico ([1725] 2006), La science nouvelle (1725), Paris, Gallimard (Tel), p. 67. []
  2. André Belleau suggérait que la réalité littéraire après les propositions de Bakhtine se voyait passer sous le règne du multiple. André Belleau ([1969] 1990), «Bakhtine et le multiple» dans Notre Rabelais. Montréal, Boréal, p. 93–98. []