L’ordre naît du chaos
2013/05/08 0

Ce texte a été écrit sous contraintes dans le cadre de la Tentative d’épuisement d’une œuvre de Riopelle tenue au Musée National des beaux-arts du Québec le 5 avril 2013, pendant la Nuit de la création.

Étude décousue de l’Hommage à Rosa Luxemburg de Riopelle

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Transpercement, formalité au passage, entre couleurs, des complices terribles.

Entrebâillée parmi les courroies qui prétendent être montagnes uniformes,

l’image du cadavre d’abattis de l’espèce éteinte par le temps qui glisse.

Abîme-toi. Là. Dans un cercle imparfait où défilent les projets abandonnés, l’épuisement.

 

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Oiseau appuyé sur la bordure, entre le vide. Indécis, comateux, comment choisit-on  entre deux enfers? La gravité se chargera des décisions.

 

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Depuis l’image, on voit à peine. Un écran de fumée transparente entrave la justesse des sens et on ne se permet plus d’insister sur des détails. Retire l’acétate et l’oiseau qui veut confondre les niveaux d’observation.

 

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Dans les œufs, des gribouillis pour remplacer la promesse du possible. Naîtra le hasard, comme tout le reste, insurmontable.

 

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Chaos. C’est là que se forme le symbole. Parmi la multitude. Parmi le désordre pesant qui cherche sa fuite. Une force d’attraction absurde, une préférence pour le noir.

 

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Le cerveau s’est couvert de paillettes, de rouge et d’or, pour mieux se faire prendre au milieu des cadres. La main ne peut plus rien y faire et les membres se disloquent, impuissants, tombés eux aussi dans le néant machiné.

 

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Des marques secrètes coupent l’instant et tentent de diviser le temps. Des divisions ponctuelles. Les découpures rapiécées d’une bobine de film.

 

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Dans un nuage chimique, l’impression étrange d’être en hauteur, d’être passé au-delà d’une chose sur laquelle on n’arrive pas à mettre le doigt. Puis on se fait jeter au sol brutalement, comme une carcasse qui ne faisait que tomber. Et l’éther cède sa place à la dureté du concret.

 

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Trois cent soixante-treize clous. Je ne compterais pas jusque-là. Peut-être seulement trente-trois et des reprises. Peut-être un seul et la névrose qui veut qu’on répète. Peut-être tout ça, à différents moments d’une même vie, d’une même heure. Peut-être rien du tout. Et l’inspiration qui vient plutôt de celui qui regarde. L’ambivalence. L’excès et le goût de tout couvrir de mots, de concepts et de possibles. Ça fait mal de ne rien savoir.

 

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Une tension derrière l’image. Quelque chose cherche à sortir de là, à détruire le cadre et à se mettre à nu. Comme si l’inertie était trop pesante et que les couleurs ne suffisaient plus à dire ce qui doit être dit. On voudrait déchirer le centre, déboîter les surfaces et les rendre muables, libres.

 

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Progresser.

Avaler du melon dans une synagogue. Se percher sur l’autel avec son trône doré et des branches de pins pour parfumer l’espace. Dehors, sur le parvis, des épines éparpillées qui menacent de blesser les pieds, d’entailler les membres de ceux qui ont quitté la protection du lieu suprême.

 

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Crucifix. Des corps léthargiques qui jouent à mourir. Des oiseaux comme des autruches. Paradoxes aviaires.

 

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Ventiler ses nécroses. S’obstiner à vouloir défier l’immobile. Dans le statique, vouloir instituer le temps.