Athènes polyphonique
et 2015/12/14 0

Ce texte a été rédigé dans le cadre du dossier « Écrire entre les genres » piloté par Mathieu Simard.

Été – Démos – Indignation – Orchesis – Échange des commensaux


Hommage à Iannis Xenakis

 

Grèce, sans schémas, sans rien.
Juste des mots
-Odysseas Elytis

 

ACTE I :

Figure arrogante composée naturellement
Elle fixe la marche en deux couleurs sonores
Les sourcils montent vers la légèreté instable
La politique mauve devient échange de chaise
Tandis que la chaleur se couche sur la trajectoire brune
Les orteils suivent l’accent décontracté d’une courte rencontre
Son orage rapporté déclare la gravité orchestrale de la théorie
Le mot de la chambre est l’insoutenable voie des êtres
L’érection décrit le survol instantané du recueil en bois
Au sein duquel les prises symboliques se croisent
Les doigts désirent le voyage mélodique d’en bas
Superposés ils excèdent le tissu harmonique de l’hétérogénéité
Ils explorent le théâtre électrique d’une soumission involontaire
L’absence du souffle fertilise la terre inexploitée
Dont le murmure est l’acte missionnaire manqué
Les trois muses tissent la rigueur par intervalles
Elle couvre la clé du lion mobile en virtuosité éclatée
Ses gestes s’étalent à gauche et à droite
Émission des mains devant le tonnerre inaperçu
Et fierté mathématique face aux nœuds dispersés adroitement
Leur rythme aléatoire est l’origine insulaire
Qui rédige le pont poétique brumeux en noir et blanc
En haut les aigles articulent les rayons du papier en fragments
L’ode inachevée noircit le néant ensoleillé de la musique
Les quatre saisons jaunissent la complexité accentuée
L’étendue mélodique de la page verse l’eau nordique
Sa tranquillité émeut la formule dynamique de la barbe
Dont la dense obstination repousse l’éternel retour du jour

 

ACTE II :

Fragments des Résolutions de la Démocratie
Parmi les ordures dans la rue
Ostracismes et récits périmés
Revêtements et immeubles
Rallument l’odeur du pétrole
Et les corps vieillis qui pourrissent
Tout autour des quartiers du centre-ville
La haine se dépose au fond des terrasses des balcons des étendoirs
Où sèchent les négatifs des années 70
Et les petites culottes de Lycra
Les îles ne furent pas peuplées par des vacanciers aux années 80
Juste avant de me lancer dans la campagne de Milos
Et avant de me plonger dans son hybris
Je suis passé par l’Agora
En cherchant mes camarades du Cynisme
Sur une motocyclette de deux places
En déchirant la une des journaux
Et les circulaires ministérielles
Des étésiens pénétrants chassent les uns les autres
Dans le détroit d’un abandon
Dessiné sur le visage d’une sphinge
Elle posait des énigmes-citations aux passants
En étant chassée par les anarchistes
Les soirs elle devenait mendiante
Et le lever du soleil la trouvait camée
Bière mexicaine et le ver guette
Comme à la résurrection anticipée de Frida Kahlo
La « responsabilité historique » de Rivera
Ne laisse pas les goélands de Porto Leone
Profiter librement de leur nourriture
Aux pieds d’une Acropole envoûtée
Rouge à lèvres cramoisi peinture à l’huile
D’une danse aux perles et mise en œuvre nue de la sonate
Le piano au milieu de la place sans sanglot
Respire aux traces du jasmin sur les murs
En attendant l’indignation du tonnerre
On s’est vautrés avec des juments blanches au crépuscule
Avant de se perdre au contour du Lycabette
Comme les partisans déjà embaumés en décembre de 1944
Une polyphonie installait la fixation d’une apraxie insurmontable