Temps zéro ta ville est un nid à poussière
et 2017/01/18 0

amène-toi que j’te craque la bouche que j’te fende comme un cul sous la blancheur de l’émail
gros fourreau de sel

tu m’as murée comme une chienne t’as lavé la parole de ma gueule infidèle je suis sale à jamais sale et seule tu sais bien les automnes de partout sous les bras sous les ongles roulent et s’engouffrent on est tous un peu glacés figés des tripes avant l’hiver
plus de sol à geler que le vent qui souffre
et saigne
René-Lévesque         ses érables couleur d’escarre

la mort à chaque fois que j’descends d’un bus

*

 Danse à Inhotim-Récupéré

*

j’ai roulé sous toi tu m’as portée entre tes mains d’ailleurs avec toi j’oubliais ce corps et son poids cellules mornes la ville s’infiltrait sous ma peau je devenais Québec avec une autre langue une autre chatte je voyais Québec à travers mes cris de femme je n’avais encore jamais joui Québec je l’avais seulement sucée du bout des lèvres je n’osais pas je m’y glissais

maintenant c’était autre chose

j’avais ouvert une brèche valve nouvelle humide il me semblait que mes pelages s’ébattaient en silence déroulaient leurs renards jusqu’à Saint-Roch mon accent même flirtait avec le vent mauve et ces flocons qu’il n’avait jamais vus je prenais peu à peu la lenteur du vieux port la teinte des rues en pierres je prenais Québec comme on reprend le nom d’une femme                 comme on la perd une deuxième fois

 

dix ans auparavant j’étais trop jeune l’amour avait flambé
aujourd’hui je comprenais son nom ses veines
et le goût perlé de son entaille

*

Geisha

*

tu m’as déconstruite avec la lenteur du bois vert quand il craque et qu’il fume en crachant
il aurait pas fallu planter des veines aux quatre coins du silence

trop risqué n’importe qui un gros dard à la main
et ça taille franc dans la nuit avec le noir qui me tombe
à gros poings de boucane

il aurait pas fallu         rien de plus
le gel profite toujours de l’absence tu partais je restais la ville rompait ses terres en deux
nos jeux d’eau douce sous le ciel cristallin

maintenant l’odeur brune
le fungus
on ne s’arrête plus ça cavale ton peuple en courant les couloirs de mon corps

ouvre                        des                        portes                       et                       des                       draps

ouvre des cuisses en espérant la nuit    peut-être
son retour à la guerre    à nos feux

 

il y avait pourtant des fleuves entiers à border sous mes bras
la semi-obscurité de mon ventre comme un pain de blé noir
ton territoire s’est ramassé dans cette feuille qui s’altère

ton territoire craqué
émietté

j’ai les pieds qui fissurent

 

Crédit photo : Pierre Barrellon