Samedi soir
2018/06/13 0

Samedi soir samedi soir
samedi soir seule saoule les sous-verres s’empilent
tu débarques tu dis Ça fait longtemps

j’ai jamais dit que tu pouvais t’asseoir

j’te regarde
t’es plein de silences ceux de la pire espèce
qu’est-ce que tu fais sans les mots
tu penses-tu à des affaires abyssales
genre la différence entre une mouette pis un goéland
des oiseaux de vidange ou des gardiens de la mer
tu dirais quoi Je suis une mouette
non c’est pas ça
on croit toujours reconnaître la racaille
les charognards sont pas ceux qu’on pense

encore là

la nuit
tous les chats sont
cachés en d’sour des chars
sont-tu gris je sais pas tu sais pas
y’a des choses qu’on est mieux de pas voir
le confort de l’ignorance

ça t’amuse mes analogies de ruelle
tu ris
de moi
condescendance crasse

y’est rendu tard
tu bâilles à t’en décrocher
rien d’intéressant
alors je parole sans relâche
l’équation est simple
plus je verbalise les affaires plus tu penses que c’est vrai
c’est la grande illusion la divine
l’illusion tranquille
plus je parle moins j’me donne

comme tu es joli j’avais presque oublié je veux souligner tes traits
tes poils au visage sauvage beauté tes yeux de cils noirs tes yeux de fond marin
vert bleu vert bleu c’est divertissant mais
ça te donne-tu le droit de lancer des regards du jugement dernier
sacrament

viens pas me dire que t’es au-dessus des insignifiances de jeunesse
des courses de gouttes d’eau dans les vitres de char
tout le monde a déjà fait ça même toi

last call on se dit des vérités molles
j’donnerai jamais à mes filles des noms de fleurs
les enfants fanés dans le vase de terra cotta du bord de fenêtre de cuisine
j’trouve pas ça beau l’éphémérité finalement

c’est juste que
tu t’es-tu déjà demandé
y’aurait les yeux à qui
l’enfant qui mettra jamais son pied dans sa bouche?

ça déborde les idées salissantes j’empêche rien ça coule
ça se répand sur le comptoir du bar
tu connaissais pas ma propension à la poésie dégueulasse
tu t’abreuves à même la source laide intarissable
tu dis Je savais pas si j’avais si j’avais su

s’il suffisait qu’on s’aime hein comme dirait

je pense que je te pardonne toutes les erreurs de potentialité
ce soir je te pardonne même les choses jamais reprochées jamais crachées au visage

de toute façon si je le dis tu le crois hein
c’est dans le nouvel ordre des choses
de toute façon

ce soir c’est samedi c’est l’exergue c’est le prétexte pour