Immigrante
2018/07/04 0

Ma sœur
suis-je partie à émouvoir tes espaces
ne plus reconnaître parfois
que nous devenions jungles paisibles et manèges

ce soir mes trouées d’aventures se réveillent
mais tes dernières parades me consument
les statues d’immensité semblent plus illusoires
que mes rivages
je me tourne vers
tes palais de tortures
tes aurores boréales

fermer les yeux
les cathédrales du sommeil trébuchent
et les crevasses de tes souffles surpassent
le maigre tremblement du monde
je me souviens          tu es plus belle qu’une croisade saluant mes plaines
il y a tes regards       tes charpentes
je voudrais tant hypnotiser tes neiges muettes
m’ouvrir à tes cheveux
conquis
par les milles saisons de ta peau
ta présence stalactite
est une bouteille
brisée
mes parcours crucifient nos histoires
d’auberge en auberge et d’instant en instant
quelque part sous mes côtes de feux d’artifices
merci
de m’avoir rappelé la douceur du fusil
contre mon ventre
chaque fois que je partais aimer l’angoisse

te rappelles-tu ma sœur
nos cache-cache empruntaient la couleur des guerres
nos hanches étaient un trésor de confusion
il n’y a pas
si longtemps
aujourd’hui j’aurais la possibilité d’être avec toi
avec tes nuits où saignent les genoux du malheur
pourtant   mon départ
a encore le goût d’un ciel inexistant
que fais-tu     lointaine
barque fiévreuse
pourquoi oublier les étoiles

j’ai tellement vogué     volé     marché
mais maintenant
je ne veux plus enchaîner les lacs du hasard
en silence je frôle la lune qui s’endort dans ta tête
pourquoi te quitter      laisse-moi plutôt
revenir près des quais de ton nom
caresser tes plages d’indifférence
allongée sur tes temples
tes plongeons
flammes
t’engourdir aux sous-bois des faims

demain
lorsque je m’arrêterai
quand nous aurons cessé
de nous contempler l’une et l’autre
comme à travers une lucarne
où hurlent les mésanges rêveuses
de la mort
le vide s’allumera par notre gloire
et nous deviendrons plus fortes que des œuvres
démasquées par l’amnésie
nous allumerons     ensemble
nos routes où l’impossible halète

tu es superbe
ma sœur         un dieu aveugle
mes galaxies
s’émerveillent et chancellent

même là-bas j’entends
ta rondeur inavouée
me chuchoter toujours que je suis plus laide
qu’une locomotive
qu’un volcan dévisagé par l’avenir

mais
plus claire et heureuse
qu’un oiseau
mort