Tirer l’infini de l’objet aube et ça finit
2017/03/29 0

Retour et fin,
à la mémoire de J. B.

 

Tirer l’infini de l’objet aube et ça finit d’une façon insignifiante,
comme la journée,
c’est-à-dire la journée où la personne revenait sur le lieu.

Mais avant d’être de nouveau au bord du fossé, au bord de la maison,
la personne s’imaginait un champ sans fin, un horizon mouillé,
la maison au travers se tenait bien, dans le bosquet solide,
les fenêtres jaune-orange, la couleur sortait,
pas de route, pas d’asphalte trop près, pas de mains,
des herbes longues perçaient au milieu des surfaces de terre,
les portes propres ne s’ouvraient pas vraiment, en tout cas la personne ne voyait pas comment,
en bois mou, en planches grises,
le mémorial au chien, la gueule infecte, les yeux billes,
juste le blé d’inde autour, avant l’automne,
un peu de vaches, les cris des voisins même si l’espace était vaste,
l’étang rond, les grands trous du terrain,
l’horizon dissimulé, les fossés indistincts, avant le printemps,
les animaux de compagnie couraient deux par deux, en été,
les mammifères, errants, écrasés, ratons, chats, moufettes, même chevreuils,
soupers, silences, invités, en été aussi,
le bonhomme qui voulait mourir sur la galerie, c’est-à-dire regarder venir le fond du champ,
c’est-à-dire cogner à la fenêtre, c’est-à-dire maîtriser d’où proviendrait la fin.

Mais quand la personne arrivait,
la maison se trouvait à la même place,
mais la personne revenue découvrait que la maison touchait l’accotement,
que la route était juste là,
que la maison était jusque là,
la personne restait dans l’auto,
pour voir,
puis le champ, puis les arbres étirés, puis les bosquets, réels, plus solides,
mais la personne n’avait rien à dire, le récit était déjà là,
le grand air sourd, le bloc de menus détails, après toutes les saisons,
ce qui parvenait à la pensée, par le champ, par la maison, par le terrain,
la personne n’avait pas de bouche.

Mais la mémoire atteignait son objectif,
l’objectif de la mémoire était le centre de la personne,
mais la personne n’avait pas d’oreilles intérieures,
ses grands bouts étaient devenus respectables,
mais la personne ne voyait que ses petites mains,
que ses petites parties de corps, que ses petits sacs à transporter,
que ses petites moues fréquentes, que ses petites attentes,
que ses petits jeux de rôle, que ses petites allées et venues,
ses immensités dans les yeux qui continuaient,
ses peurs venant des autres qui entraient par le centre,
que sa petite sensation, que son petit désagrément d’avoir perdu, grandi,
alors sa longue fable beurrait l’espace, puis le pare-brise que la personne désembuait,
puis rien n’apparaissait vraiment comme un désordre,
puis le gazon était peut-être gelé,
mais même gras comme la neige il ne cachait rien.

Mais au moment où la personne regardait,
le souvenir présentait les mains,
la personne non pas du tout accoutumée à sourire ici même, ni autrefois ni maintenant,
les mains allaient jusqu’au centre de la personne, le résultat de la maison durait,
on aurait dit inventer,
on aurait dit réussir le lieu,
la personne n’avait jamais pensé revenir, être dans l’auto, retoucher les mains bleues,
les mains sèches, les mains de sport,
les mains d’écritures secrètes, les mains de petits mouvements,
les mains idéales et froides, les mains de Jonathan,
mais la personne n’avait pas ses bouts d’avant,
la personne était penchée au-dessus de son corps,
le souvenir pouvait-il laisser faire, laisser les mains dans la maison,
mais il y avait une entrée magique, ou mentale,
jusque dans la maison, dans le jaune-orange,
la personne était penchée au-dessus des mains, à l’intérieur, mais sur la route,
au bord du fossé, au bord de la maison,
mais c’était l’arbre à la fin de la terre en neige qui rassoyait la personne dans l’auto,
les mains sortaient en couleur, sortaient en forme de première étoile,
puis recommençaient en forme de premier soleil,
samedi midi,
mercredi vient vite,
le jour blanc.

Mais la personne traçait facilement un cercle avec sa paume dans la buée du pare-brise,
touchait du doigt l’arbre à la fin de la terre, puis la maison,
mais encore rien n’avait été raconté,
le bloc de menus détails poussait sur la personne,
les mains forçaient aussi, jusqu’au centre de la personne,
sans méthode précise,
les petits bouts étaient des immensités, dans l’auto, sur la route,
au bord du fossé, au bord de la maison,
la personne connaissait par cœur, par le cercle de buée effacée,
toutes les phrases de la maison, toutes les phrases des grands trous du terrain,
toutes les phrases du champ, toutes les phrases du bonhomme,
toutes les phrases des mains,
depuis le premier lien,
depuis la pensée collée,
la personne était capable d’entrer,
capable de se promener,
capable de devenir un lieu.

Jusqu’au milieu,
une façon insignifiante,
souvenir des vaches,
l’objet aube,
mais un retour,
de nuit claire,
disparition un mercredi,
tirer l’infini,
terre en neige,
et ça finit,
grands trous capables,
première étoile,
au soleil,
encore quatre,
huit jours,
douze seize,
finir Jonathan,
et cætera,
noms communs,
une homélie,
Tourangeau Benoît,
dernier chant,
lever héliaque,
pensée collée,
quatre années,
en terre,
pluie ajoutée,
résidu stellaire,
une cérémonie,
en neige,
corps horizontal,
puis buée,
bleues,
étendu,
fossé,
tombe,
bonhomme,
mains,
céleste,
mouillé,
juin,
jaune,
orange,
quatre,
collée,
finir,
tiré,
couché,
aube,
objet.