Nicholas Giguère

Dans une entrevue accordée à Richard Giguère et Robert Yergeau et publiée dans le trentième numéro de la revue Lettres québécoises, paru à l’été 1983, Michel Beaulieu affirme que « l’écriture doit être impudique ». Voilà ce qui m’intéresse dans le processus de création littéraire : l’impudeur la plus totale, l’intimité la plus crue, quitte à ce que ce soit déstabilisant pour le lecteur, quitte à me mettre en danger en tant qu’auteur et en tant qu’individu. Car l’écriture, rappelons-le, est le lieu de tous les possibles, mais aussi de tous les dangers. Et c’est précisément ce que je veux explorer par le biais de l’écriture : les dangers du dévoilement, de l’aveu et de l’authenticité ainsi que les possibilités et variations multiples, voire infinies, de l’intime. Sans oublier les souvenirs et les réminiscences, qui m’obsèdent ces derniers temps : il me tarde d’expliquer ce que je suis maintenant devenu en opérant un retour sur mon passé, en interrogeant mes origines, en tentant de reconstituer exactement, grâce à l’écriture, ce que furent mon enfance et mon adolescence, même si les souvenirs sont par essence fugaces; même si, en se penchant sur son passé, on finit toujours par changer tel ou tel détail, modifier tel ou tel souvenir et, ultimement, trahir ce que l’on est.

Dans le cadre de ma résidence d’écriture pour Le Crachoir de Flaubert, j’explorerai ces thématiques par le biais de quelques fragments narratifs qui constitueront le cœur d’un projet plus vaste : un roman dans lequel je reviendrai sur mon adolescence et sur mes années d’étude à la Polyvalente des Abénaquis, en Beauce, où j’ai complété mon secondaire. Il s’agira ni plus ni moins d’un « bottin des finissants » dans lequel je m’adresserai directement à toutes les personnes que j’ai côtoyées de près ou de loin dans cette institution.

Petite séance de révision avant les examens de fin d’année

Par |2018-03-07T09:37:13-05:007 mars, 2018|En résidence, Nicholas Giguère, Récit, Textes de creation|

ça fait que je passais les récréations les heures de lunch les soirs de semaine et même les fins de semaine à étudier et à faire des devoirs ma mère avait arrêté de faire mes leçons avec moi en secondaire 3 ou 4 elle était vraiment écoeurée je la comprends elle voulait plus de temps pour écouter ses téléromans j’étudiais tout le temps j’étudiais jusqu’à en devenir malade pour un examen je pouvais mettre 10 20 heures parfois plus je faisais des maths au moins une à deux heures par jour et c’était sans compter le reste j’étudiais même la théorie en catéchèse en f.p.s. en choix de carrière en éducation physique j’apprenais la grammaire sur le bout de mes doigts je mémorisais toutes les dates en histoire j’y mettais autant d’ardeur que pour les trucs à Mortal Kombat

L’apprentissage de la haine

Par |2018-01-12T16:43:24-05:003 janvier, 2018|En résidence, Nicholas Giguère, Récit, Textes de creation|

de toutes les personnes que j’ai connues de tous les morons pas de classe que j’ai eu l’insigne honneur de rencontrer dans ma vie tu es de loin celui que j’ai le plus détesté je t’ai tellement haï si tu savais encore aujourd’hui j’écris ces lignes et la haine me revient implacable indélogeable tu m’as appris la haine gratuite libératrice celle qu’on dirige vers autrui pour la simple et bonne raison qu’il a croisé notre route qu’il se trouve sur notre chemin et que nous l’avons pris pour cible toutes les raisons sont bonnes pour haïr

Hymne à la beauté du monde

Par |2017-12-05T04:36:44-05:006 décembre, 2017|En résidence, Nicholas Giguère, Récit, Textes de creation|

pour moi c’était impossible d’être insouciant comme toi toutes les insultes les noms les osties de noms criés à tue-tête me lacéraient la peau me déchiraient les entrailles me tuaient à petit feu doucement très doucement comme on martyrise lentement un prisonnier de guerre pour lui soutirer des informations doucement en y prenant un certain plaisir pour ne pas dire un plaisir certain doucement tout doucement une mort des plus douces tranquilles comme chez Simone de Beauvoir à 33 ans je suis bel et bien vivant du dehors mais mort par en dedans complètement mort

Comment dresser un bilan en quelques minutes : mode d’emploi

Par |2017-11-02T08:13:59-05:001 novembre, 2017|En résidence, Nicholas Giguère, Récit, Textes de creation|

je publie des extraits de ce « roman » et les guillemets sont importants parce que j’écris pas des romans de la poésie du théâtre c’est tout ça à la fois je fais dans le non-genre j’écris tout-et-rien surtout rien je pense mais j’espère quand même que c’est quelque chose ce « roman » où je m’adresse à vous tous et toutes gars et filles du secondaire faut quand même être rancunier odieux ou tout simplement sadomaso j’aime à penser que c’est les trois je suis l’homme avec beaucoup de qualités revenir sur ces années que j’ai toujours préféré oublier mais non je gratte le bobo j’enlève la gale je fais sortir le pus le sang ça jute partout si j’étais fort sur les clichés mais c’est peut-être le cas

Golden years

Par |2017-10-04T08:13:43-05:004 octobre, 2017|En résidence, Nicholas Giguère, Nouvelles, Récit, Textes de creation|

on se souviendra de cette bataille avec Annie Grondin en secondaire 1 ou 2 les années ont plus d’importance est-ce qu’elles en ont déjà eu de toute façon surtout au secondaire à la Polyvalente des Abénaquis où la meilleure façon de tuer le temps c’était de passer les pauses et les heures de dîner à la bibliothèque à lire des romans d’Agatha Christie Hercule Poirot sur son 36 enquête sur le meurtre d’une vieille de 95 ans éventrée à la scie sauteuse pendant qu’elle buvait son thé pas trop sucré avec un peu de lait ou j’allais me renfermer dans les toilettes pour échapper aux autres qui passaient leur temps à m’écoeurer pour qu’on m’oublie juste deux secondes les années ont pas d’importance les années ont plus d’importance toi encore moins que tous les autres