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Nouvelles

William Lessard Morin - 22 avril 2013

Un mois de juillet, en pleine canicule montréalaise, l’envie de quitter la médiocrité m’avait poussé à dire oui, pour la première fois, à l’ivresse narcotique. Un prélude aux excès subséquents, un penchant symptomatique pour la fuite. Je voulais connaître la liberté absolue, la chute des barrières de ma conscience. Le sentiment d’être supérieur à l’être commun. J’ignorais encore les limites de mon corps et les contraintes du réel. Je cours encore quatre ans plus tard, comme s’il était possible d’atteindre quelque chose de mieux. À trop vouloir m’élever au-dessus de moi-même, j’ai déboulé tous les étages de ma tour de Babel et je fais maintenant face à la menace de m’effondrer avec le reste du salon. Me retrouver dans l’oubli ou dans la mort. Ne plus être unique. Vivre l’échec prédit depuis le départ.

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Alex Thibodeau - 20 février 2013

Nana ne comprend pas. Elle se lève, s’avance vers la porte entrouverte. Elle la pousse avec son épaule. La porte grince. Ichi tire Nana par l’oreille. Nana glisse derrière lui. Ichi la frappe au visage. Nana hurle. Ichi se retourne, ferme la porte d’un puissant coup de pied. Nana s’assoit dans un coin. Elle pleure, elle crie. Elle fixe le mur, le gratte frénétiquement. Ichi frappe Nana derrière la tête.

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Maude Deschênes Pradet - 4 février 2013

Tu t’es retournée, tu as traversé la pièce en sens inverse. Tes pas sont demeurés silencieux sur les dalles, amortis par les semelles de tes souliers de course. Pour une fois, tu aurais voulu qu’ils claquent comme des coups de tonnerre. Ton regard noyé, accusateur, a accroché celui de Simone. Tu as secoué la tête. Tu n’as pas crié, parce que ce cri aurait tout cassé.

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Pierre-Luc Landry - 9 janvier 2013

La loge était pleine à craquer de gars pour la plupart très musclés et admirablement bien découpés, sans chandails, huilés, qui se regardaient dans les dizaines de miroirs placés un peu partout sur les murs de la pièce. Certains levaient des poids ou faisaient des pompes pour bomber leurs muscles en prévision du moment de vérité. Un gars déguisé en pompier, un autre en policier, un vampire, un travailleur de la construction. Des gars qui s’échauffaient en faisant quelques pas de danse, en s’étirant dans tous les sens. Je me suis assis sur la première chaise venue : une crampe me déchirait le thorax. Un crieur a annoncé que les auditions allaient commencer dans cinq minutes.

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Jean-Michel Fortier - 17 décembre 2012

Nous survolions l’Ontario lorsque la nuit est tombée. Lisa et moi avons parcouru les allées plusieurs fois, moi pour m’assurer que les passagers ne manquaient de rien, Lisa pour se dandiner devant l’Américain. Sur l’écran plat, à l’avant, plusieurs noms de villes encerclaient le petit avion. Toronto, Detroit, Chicago, Buffalo.

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François Bélanger - 19 novembre 2012

La police est encore venue, avec l’ambulance et tout, chez mon voisin d’à côté. Je sais pas trop s’il est mort ou juste blessé, mais il avait l’air mal en point. Je l’ai regardé passer dans l’œil-de-bœuf, sur une civière, mais j’ai rien vu d’autre, sauf sa femme qui pleurait comme une Madeleine. L’air de l’immeuble était comme un nuage gris; ça sentait la panique.

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Cassie Bérard - 12 novembre 2012

Encore, pense Marcus en s’approchant de la maison, encore la moustiquaire trouée par Iode la mercenaire, qui doit râteler avec ses griffes le potager de maman, papa va fulminer, il va me menacer à grands éclats de phrases verbeuses de rendre Iode à la rue, car c’est à ce monde d’asphalte et de lignes jaunes que la chatte appartient au fond, maman devra recommencer ses plants, ça demande du temps, ce qui est une denrée rare, tu le sais, nous le répétons sans cesse, pourquoi n’as-tu pas fermé la porte-fenêtre, Marcus?

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David Bélanger - 12 juillet 2012

Julia ne dort jamais. Son sommeil, le plus souvent, est troué de morts subites. Il est avéré qu’on ne peut trouver le repos lorsqu’on meurt trop souvent. Les cours la découvraient exsangue et un peu noircie du regard, on aurait dit que le créateur l’avait dessinée au fusain, sauf que personne ne croyait au créateur, ce qui nuit beaucoup à la métaphore.

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Ariane Hivert - 19 mai 2012

Les brumes nocturnes de ce printemps stérile s’étirent entre les gratte-ciel. Une des seules choses naturelles encore existantes en cette année 3417. Une pénombre épaisse m’empêche d’apercevoir les irrégularités de l’asphalte.

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Jean-Michel Fortier - 13 mai 2012

Nous marchions sur le Québec, enfin, pas tout à fait comme César marchait jadis sur Rome, mais nous marchions sur Québec, du moins dans nos têtes, en tout cas nous marchions à Québec, ça, personne ne pouvait nous l’enlever, à Québec devant l’hôtel du Parlement.

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