1.
le soleil sous la mer
d’une pâleur diaphane
les corolles d’air frais
qui enserrent les nuages
le sable s’évanouit
sous l’humeur océane
enfin le monde plonge
dans une nuit d’ardoise
où seule subsiste alors
l’harmonie – tout est calme
2.
paroles déportées dépassées
par l’inanité des actes
par l’absence d’un astre
auquel vouer sa vie
je vis comme on oublie
comme on ignore qu’on sent
qu’on perçoit dans son verbe
les accents du soleil
aller loin dans la vie
c’est s’habiller de mots
c’est s’abreuver d’idées
pour marcher avec ceux
dont l’iris vous accueille
comme l’on garde l’eau
3.
le sable court à l’intérieur
des veines il dessèche nos vies et
corrode nos voix mobile fixité
il rend nos corps poreux passants de l’inutile
le sable tout ce sable s’amoncelle
il recouvre nos mains à les rendre invisibles
il dessine des formes sur nos peaux parchemins
il égrène la vie sur un air de fado
ensablée engluée ainsi est notre vie
ton souffle alors repousse les bornes du possible
tu chasses d’un revers la mouvance immobile
pour accueillir le flux nourricier de la mer
4.
horreur sourde qui sourd de tes yeux
énergiques violence du regard désireux
de survivre passion ensilencée du créateur de soi
il souffre mille vies pour en conquérir d’autres
il recherche son souffle de séide blessé
sur lui j’étends le mien comme une seconde peau
pour réparer la sienne par la magie du verbe
je le renforce d’air le consolide d’eau
ainsi armé pour vivre il s’avance
lentement il réunit les siens et
dans un mouvement d’une pureté extrême
il tranche dans le corps de la maudite pieuvre
5.
partir sans un regard
ouvrir ses bras en grand
ainsi se réalise la légende
des hommes qui ne vivent que d’être
des voisins des semblables des pairs
la femme auréolée de sel
avance en silence sur l’amas
des aiguilles elle marche le temps
sur la ligne d’horizon
elle court vers celui qui porte la lumière
léchée par la mer froide
elle tient dans sa main
celui qui l’a mis au monde
elle vibre au récit de leur passé à vivre
il respire contre elle dans une nuit sans fin