Toutes ses amies étrangères étaient des sorcières. C’est ce qu’affirmait Yukihiro, son amant japonais. Elle ne parvenait pas à le faire changer d’avis.
Était-elle, elle aussi, une sorcière ? Il s’interrogeait. C’était un écrivain vivant seul dans une vieille maison en bois proche du marché aux poissons, dans une rue sinueuse, et elle était sa première maîtresse. Il écrivait des histoires d’amour, mais chaque fois qu’il tentait d’écrire à son sujet, la page demeurait blanche.
Jadis, la rue était remplie de vieilles maisons mais à présent elle était bordée de blanches et brillantes demeures, gigantesques phares dans l’étang tranquille du quartier. Elle se demandait à quoi elle ressemblait lorsque toutes les maisons étaient comme la sienne, mais lorsqu’elle regardait les poissonniers chaussés de leurs épaisses bottes en caoutchouc remplir leurs baquets d’eau, elle ne pouvait pas plus imaginer les vies du passé qu’envisager les morts du futur.
Elle n’avait jamais fréquenté de Japonais auparavant. Tout semblait nouveau, mystérieux, d’un autre monde. Sauf les poissonniers.
Elle regardait les hommes saisir les poissons bruns et luisants dans leurs poings et enfoncer des clous affilés dans leurs têtes et trancher leurs corps à l’aide de fines lames d’acier, les coupant à une telle vitesse qu’ils n’avaient même pas le temps de nourrir un quelconque regret. Elle voulait vivre comme cela, mais à ce moment-là elle avait fait la connaissance de Yukihiro.
« Sœurette ! lui criaient gentiment les hommes le matin lorsqu’elle passait. Tu vas où ? ».
Ils le savaient. Ils le savaient parce qu’ils lui parlaient doucement comme si elle eût été une sirène aux oreilles délicates, et quand elle répondait : « Ici et là », ils opinaient du chef avec insistance, ne levant pas les yeux de leur ouvrage avant qu’elle eût franchi le portail menant à la maison de son amant.
Yukihiro, qui était originaire d’un petit village des îles Ryûkyû, portait ses cheveux en queue-de-cheval et se vêtait de vieux kimonos en soie. Le soir, il sortait afin de recueillir des arêtes chez les poissonniers pour les poser sur sa véranda. Des arêtes pour les chats errants qui cherchaient refuge et venaient chaque soir à son logis pendant qu’il inventait des histoires d’amour.
Le vieil homme qui habitait dans cette maison avant lui était taxidermiste, et lorsqu’il était décédé, il n’y avait eu personne pour hériter de cette demeure de famille vieille de deux cents ans, personne pour balayer les tatamis et changer le papier blanc des shôji[1] ou se débarrasser des animaux aux ventres parfaitement cousus. Et puis il y avait ces histoires. Il ne les finissait jamais ; il n’achevait jamais rien de ce qu’il écrivait.
Yukihiro adorait le regard bleu et froid des animaux empaillés, leur peau douce mais pas chaude, comme un poisson si habilement coupé en tranches de sushis que son cœur battait encore sur la chair découpée : vivant mais pas en vie. Elle était arrivée dans ce pays sans rien et ils s’étaient rencontrés à Ueno, où elle était venue voir les fleurs de lotus de l’étang de Shinobazu en pleine floraison. Il y a deux mois, il s’était tenu près d’elle pendant très longtemps, photographiant les fleurs. Elle pouvait sentir l’objectif de l’appareil-photo rivé sur elle, mais elle contemplait les fleurs blanches dans l’eau immobile et ne se tourna pas vers lui. Finalement, elle commença à s’éloigner et il la suivit, lui demandant à quoi l’étang pourrait bien ressembler, selon elle, lorsque les fleurs dépériraient dans l’air froid de l’hiver. Tout ce qu’elle dit fut hai-iro, ce qui sonna pour lui comme « héros » dans un anglais laborieux, mais ce qu’elle avait voulu dire c’était gris[2].
Ce jour-là, Yukihiro l’avait emmenée à l’échoppe de nouilles au bord du parc où Mori Ôgai[3] avait écrit L’oie sauvage cent ans auparavant. Il y avait une bicyclette appuyée contre la devanture et au milieu de leur repas, elle s’était renversée dans le plus grand vacarme. Elle avait sursauté légèrement, mais il l’avait ramenée vers lui à l’aide de sa main. Puis il l’avait invitée chez lui.
La première chose qu’elle vit dans sa maison fut les oiseaux en haut des étagères de livres, dont le regard était braqué sur le papier blanc arraché des vieux shôji, qui portaient leurs déchirures acérées telles des cicatrices. Un renard, un aigle et une vipère aux crocs pointus. Des bêtes de proie, des choses ensorcelantes. Il les enlevait toujours.
Les livres dans sa chambre : anglais, japonais, russes et tchèques.
Elle le rencontra durant tout le printemps lorsque les lotus étaient en fleur, mais ils ne couchèrent ensemble qu’un mois après leur rencontre. Il avoua qu’il s’était masturbé devant les photos qu’il avait prises d’elle au parc d’Ueno, et la première fois qu’il eut ses jambes enchevêtrées dans les siennes, il craignit de ne pas pouvoir l’aimer en vrai. Quant à elle, elle lui confia qu’elle savait qu’il en était capable et qu’il l’aimerait.
Elle voulait qu’il fasse l’amour avec elle et non pas avec la photo qu’il avait prise d’elle. Sans faute, promit-il ainsi que le font parfois les Japonais. Sans faute. J’apprendrai à t’aimer, ajouta-t-il. Mais lorsqu’elle restait chez lui, il dormait toute la journée et s’excusait. Elle consulta les livres disposés sur l’étagère. Il avait écrit ses citations préférées dans les marges des romans philosophiques ardus et les questionnements moraux qui constituaient ses pensées mais pas ses dilemmes. Elle ne savait pas s’il comprenait les autres langues, ou si les livres lui tenaient également à cœur, et elle perdit presque espoir.
La vertu est sa propre récompense et La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée de notre vie, avait-il gribouillé. Elle ne savait pas s’il comprenait ces mots et elle les examina longtemps pendant qu’il dormait. Peut-être ne les comprenait-elle pas non plus. Lorsqu’il se réveilla, elle referma les livres et ne put s’empêcher de penser que les mots qu’il avait griffonnés lui étaient destinés. Mais d’un autre côté, Yukihiro était un homme moderne et superstitieux de surcroît, donc il avait laissé les animaux là où le vieil homme les avait placés, et elle s’assura de remettre les livres sur les étagères, tels qu’elle les avait trouvés.
Il lisait l’anglais parfaitement mais ne pouvait guère le parler, sa langue étant destinée à un meilleur type d’exercice. Lorsqu’ils s’embrassaient, son corps s’inscrivait sur elle avec ses besoins d’homme, comme les chats qui étaient venus jusqu’à la véranda. Pour être désiré ! Pour réclamer du lait et miauler : nourris-moi !
Elle se demandait quel genre de vie intérieure un homme tel que lui pouvait avoir lorsqu’il lui mordillait les tétons avec avidité et mangeait ses boucles d’oreilles en diamants comme si l’esprit même du chat abandonné ronronnait à l’intérieur de lui et poussait un miaulement pour qu’on s’occupe de lui à chaque fois que ses lèvres rencontraient les siennes. Malgré tout, il ne pouvait l’aimer, ce qui lui faisait éprouver d’autant plus de désir pour lui.
Il lui avait dit que ses amis racontaient qu’il n’écrivait qu’au sujet de l’amour, mais elle allait apprendre qu’il n’avait pas plus de chance d’écrire à propos de l’amour que l’un des animaux empaillés n’en avait de soudainement revenir à la vie.
Il aimait le fait qu’elle vivait par la foi et qu’elle éprouvait un certain regret pour la bonne vieille époque qu’aucun d’eux n’avait connue. Natsukashii, disait-il. Nostalgie. Désir. Mais il ne la connaissait pas vraiment, et quant à elle, elle en savait encore moins sur lui.
Elle aimait le fait qu’il veuille vivre dans son pays un jour et qu’il craigne l’eau, mais dormait tout de même avec un verre plein près de son lit. Elle ne s’amourachait pas souvent, mais bientôt elle n’eut de pensées que pour lui, cet homme qui vivait parmi les animaux morts et les paroles anciennes, tel un esthète beau et réprimé.
Lui, qui disait qu’il n’avait jamais connu de femme, l’avait étreint avec une telle passion qu’elle ne pouvait le croire et se demandait pourquoi il y avait tant à dire et aucun moyen de le dire, pas un seul mot. Pourtant, elle pensait qu’il comprenait le langage silencieux de chaque muscle durant cette nuit entre eux.
Mais il n’avait pas compris.
Finalement, il fut capable de lui faire l’amour. Il fut insatiable et bestial ; elle pensa qu’il allait la broyer. Mais l’amour ne pouvait pas la briser.
À partir de ce moment-là, à chaque fois qu’elle l’appelait, il n’était pas là. Durant de nombreuses semaines, il ne la contacta pas, puis, tard un soir, il lui donna un coup de fil pour lui dire qu’un chat étrange au visage hanté était venu à lui tel un réfugié.
Il le baptisa du nom du dieu de l’ivresse. Dionysos. Était-il soûl quand il le surnomma ainsi ? Ou le chat perdu qui avait grimpé sur sa véranda et qui s’était faufilé dans sa chambre symbolisait-il quelque inimitable témérité qu’il portait en lui et qui tentait de sortir à coups de griffes, ou d’entrer.
Peut-être était-il l’incarnation moderne de la preta, destinée à errer aux portes du brasier rougeoyant de l’Enfer bouddhiste afin d’obtenir quelques miettes de nourriture, de quoi boire, un peu d’amour. Non, il s’agissait juste d’un chat errant, décida-t-elle. C’était lui qui se trouvait en Enfer et il l’y attirerait, et elle y irait, de plein gré. Il refusait pourtant de la voir. Il lui disait qu’il ne pouvait plus la rencontrer, donc elle se glissait à l’intérieur de sa maison et sortait les livres, un par un, lorsqu’il partait faire ses promenades quotidiennes afin de photographier les ruelles tortueuses.
Elle découvrit qu’il avait mis un jouet en peluche vert près du chat, une silhouette ronde et molle, un personnage de manga, une chose absurde. Elle imagina que le chat adorait ce jouet et qu’il était allé le retrouver chaque soir, répondant à sa fausse chaleur par une affection sincère.
Puis un jour, il remarqua que ses livres avaient disparu et il mit Dionysos dans les vifs tourbillons de sa machine à laver, qui tourna et tournoya sous l’eau pendant qu’il était assis sur son lit et qu’il tenait les draps bleus en boule dans son poing et riait de sa parfaite cruauté. Il plaça ensuite Dionysos sur l’étagère avec les autres, nature morte lui rappelant tous ses échecs.
Puis il s’assit et attendit qu’elle s’introduise à l’intérieur de sa maison. Lorsqu’elle le fit, il l’empoigna et la projeta contre les livres et la posséda avec ardeur, la tenant contre les étagères, ses jambes enroulées autour de sa svelte taille. Lorsqu’ils furent tous les deux assouvis, elle prit place près de lui et lui demanda de la tenir, mais il refusa. Au lieu de cela, il lui dit ce qu’il avait fait au chat, indiquant sa silhouette inerte sur l’étagère.
Elle lui hurla dessus : le chat savait-il que les traits doux et ronds de son amant étaient inhumains ? Était-ce mal d’aimer quelque chose qui ne pouvait manifester un sentiment réciproque ? Non, répondit-elle, son crime était d’avoir témoigné de l’amour à un homme qui, lui, n’en ressentait pas — même si ce sentiment n’était guère plus réel que les femmes avec lesquelles il s’était imaginé avoir des rapports charnels dans les vidéos qu’il rapportait chez lui dans des sacs en aluminium argenté, le soir, après le travail.
Il dit qu’il ne pouvait pas croire que de si belles femmes veuillent jouer dans des films pornographiques. Elle dit qu’elle n’arrivait pas à imaginer qu’un si bel homme veuille les regarder, et elle lui demanda de les regarder avec elle et de lui laisser voir ce qu’il regardait. Mais il ne le fit pas.
Elle supposait que durant ses années d’école, il avait étudié le monde animal : les genres, les espèces, et ainsi de suite. Quant à elle, elle et ses camarades de classe avaient cloué des animaux vivants sur de petits panneaux en liège et incisé leur chair en scrutant l’intérieur des veinules bleues recouvrant les fines membranes de leurs muscles et de leur cœur pour voir ce qui les faisait fonctionner.
Pardonne-moi, dit l’homme qui avait autrefois aimé les cruels yeux bleus des animaux naturalisés. S’il te plaît, dit-il doucement, tu es étrangère, et je suis japonais, comme si ces différences étaient plus grandes que celle des livres et des animaux, et nous ne pouvons pas être ensemble.
Ne savais-tu pas cela avant ? Elle demanda : Pensais-tu que je deviendrais japonaise ?
Shiyô ga nai. C’est inévitable. Pour lui, c’était assez.
Elle alla nager dans l’onde bleue et froide pour le détacher de son épiderme. Elle se sentit disparaître dans l’eau, mais elle entendit ensuite ses gémissements telle de la musique à ses oreilles et tout à coup les vagues qu’elle faisait l’entraînèrent vers les profondeurs, où elle prit conscience qu’il l’avait attirée vers lui par la ruse dans le seul et unique but de l’abandonner sur cette île étrange, comme Thésée avait laissé Ariane sur Naxos. Refaisant surface, elle remarqua pour la première fois les traces d’ecchymoses laissées par la pression de ses trois doigts sur sa cuisse, telle une empreinte de patte, là où il l’avait soulevée sur le sofa et transportée jusqu’aux draps bleus et ridés du lit, où ils étaient restés toute la nuit sans fermer l’œil.
Elle tenta de l’oublier, mais elle n’en fut guère capable.
Une nuit, elle rêva que Dionysos se présentait à sa porte, sa fourrure mouillée et emmêlée comme du foin boueux. Dans ce rêve, elle lui versait du lait et lorsqu’il le buvait, sa langue raclait le bol comme du papier sablé ; elle découvrit avec surprise qu’elle s’était rapidement mise à l’aimer, elle qui abominait les chats. Elle l’adopta, et à partir de ce moment, il lui appartint dans ses songes.
Bientôt, ce fut décembre et les vents soufflèrent, balayant le sable et l’odeur de poisson du marché et la ramenant au parc où les fleurs de lotus s’étiolaient et les feuilles incroyablement épaisses s’étaient recroquevillées et avait grisonné.
Elle en rassembla dans ses mains et pris le chemin de la maison de Yukihiro, ses pieds brûlant l’intérieur du sol comme un incendiaire mettant le feu à du bois sec. Tous les chats errants de la ville paraissaient la suivre à travers les rues ondoyantes, désireux d’obtenir quelques miettes de nourriture, de quoi boire, un peu d’amour. Mais comme elle, ils n’en trouvèrent nullement.
Quand elle fut parvenue au vieux portail en bois, elle toqua, puis cogna sur la porte mais il n’y eut pas de réponse. Elle frappa à de multiples reprises, mais il n’y avait nul signe de vie ; elle pénétra donc par effraction dans la maison vide. Là, sur l’étagère, se trouvaient les photos qu’il avait prises d’elle. Elle les tint dans ses mains comme si elles étaient des images d’une fille morte et les laissa tomber par terre.
Yukihiro avait raison, elle était une sorcière, et maintenant elle retournerait à cet élément liquide dont elle était issue, n’ayant même pas le temps de ressentir du regret.
S’en allant, elle passa devant les étals des poissonniers. Elle attendit que ceux-ci eussent le dos tourné pour pénétrer dans le baquet d’eau, un pied après l’autre, examinant la lumière vive de la lame grise qui se tiendrait bientôt au-dessus d’elle dans la main ferme du poissonnier. Elle se transforma en anguille et la lame tomba sur elle aussi affûtée que le poignard de Yukihiro qui avait pénétré en elle, puis elle disparut.
Yukihiro rentra à la maison pour trouver les photographies au sol. Il se rendit à l’étang aux lotus pour la trouver, mais tout ce qu’il vit, ce fut une eau dormante et trouble. Il resta au parc jusqu’à la nuit tombée se demandant ce que c’était que de manquer à quelqu’un ! Réclamer du lait et miauler : nourris-moi ! Il savait qu’il l’avait perdue à jamais, il s’arrêta donc chez les poissonniers sur le chemin du retour et prit des arêtes pour les chats. Une fois chez lui, il s’efforça de rédiger une histoire sur le morceau de journal dans lequel avaient été enveloppés les restes du jour. Mais cela lui fut impossible. Il savait que les photos étaient en train de l’observer. Il savait qu’elle retournerait à son pays d’origine et elle lui manquait déjà, ne pensant qu’à sa chair contre la sienne et la désirant plus que tout.
Il partit en pleine nuit, en quête d’un passage, dans la lueur des immenses demeures blanches qui garnissaient la rue, tels des phares dans le calme étang du quartier. Il n’y avait nulle part où aller après tout. Bientôt, il retourna aux îles Ryûkyû et épousa son amour de jeunesse, mais lors de leurs ébats amoureux, il pensait à l’Américaine. Quand il était avec sa femme, il devait se dégager brusquement de son étreinte et monter à son bureau pour écrire.
Dès lors, il ne composa que des histoires de fantômes. Et il aurait bien voulu le dire à l’Américaine, car il les terminait toutes.
Quant à elle, elle rendrait à la terre leur enfant qui n’avait jamais vu le jour et nouerait un tablier rouge autour d’une petite statue de pierre en son souvenir. Au fil du temps, le tablier perdrait de son éclat, comme tous les autres.
[1] Paroi coulissante en lattis tendus de papier opaque.
[2] Le mot hai-iro sonne comme « Hero » (« héros » en anglais) mais veut dire « gris » en japonais.
[3] Mori Ôgai (1862-1922) est un célèbre écrivain japonais de l’ère Meiji.
À propos du traducteur :
Jean-Marcel Morlat est né à Paris et réside dans la région d’Ottawa depuis 2010 après avoir vécu et enseigné dans de nombreux pays (France, Angleterre, États-Unis, Japon, Turquie, Tanzanie et Émirats arabes unis). Deux de ses traductions ont été publiées par L’Harmattan, soit Parenté : l’Odyssée d’une famille en Afrique et en Amérique de Philippe Wamba (2016) et un recueil de nouvelles australiennes de Henry Lawson intitulé Nouvelles du bush (2021). Il a aussi traduit des nouvelles et des poèmes d’auteurs anglophones (États-Unis, Angleterre, Australie et Canada) parus dans Le Sabord, X Y Z : la revue de la nouvelle, Traversées, L’Ampoule, Phoenix, Rue Saint Ambroise et Europe.