Nocturne
2012/05/19 0

Ce texte a été écrit sous contraintes dans le cadre du Cabinet des idées reçues tenu au Musée National des beaux-arts du Québec le 30 mars 2012, pendant la Nuit de la création.

 

 

Contraintes

1. Avec des « e » dans chaque mot (1er paragraphe);

2. Ton de rage;

3. Mot ou phrase : « ce printemps qui joue à cache-cache »;

4. Intégrer un mantra;

5. Lieu : des cavernes d’acier;

6. Temps rapide.

 

 

Les brumes nocturnes de ce printemps stérile s’étirent entre les gratte-ciel. Une des seules choses naturelles encore existantes en cette année 3417. Une pénombre épaisse m’empêche d’apercevoir les irrégularités de l’asphalte.

Je trébuche à chaque pas et mes chevilles me font souffrir. Je n’aurais pas dû sortir. Mais j’étais obligé.

Avec ce printemps qui joue à cache-cache, tout le monde est à cran. C’est bizarre. Je ne sais pas pourquoi. Mais les scientifiques le savent. Pas moi.

On nous enseigne des mantras pour essayer de nous calmer, mais je n’arrive jamais à m’en souvenir. C’est très frustrant. Je vois de la lumière au bout de la rue. J’arrive enfin quelque part. Il ne manquerait plus que je me sois trompé.

Finalement, j’ouvre la porte des cavernes d’acier. En fait, ce sont deux immenses portes de métal qui grincent en m’écorchant les oreilles, des portes si lourdes que j’ai peine à me faufiler entre les deux avant qu’elles se referment sur ma jambe. Cette nuit va-t-elle un jour se terminer?

Derrière les portes se déroule un escalier escarpé qui descend dans les profondeurs de la terre. Comme si mes pieds ne me faisaient pas déjà assez souffrir.

Plus je descends, plus mon cœur s’accélère. Je suis déjà venu dans les cavernes d’acier. Plusieurs fois. Chaque année, ils nous font descendre là-bas et, chaque année, j’ai l’impression que je n’en ressortirais jamais. L’an dernier, j’ai dû rester couché une semaine entière. Épuisé. Vidé.

L’année précédente, on m’a emmené à l’hôpital. Cet endroit si blanc qu’on a l’impression d’être aveugle.

Je ne me rappelle pas vraiment de la première fois. Seulement de cette impression de fondre de l’intérieur, comme si mes tripes étaient disparues.

Aujourd’hui, je suis certain que je ne reverrai pas la lueur du jour.