Tentative d’épuisement d’une œuvre de Riopelle

En 1974, Georges Perec s’installe à la Place Saint-Sulpice, à Paris, et prend en note tout ce qu’il voit et tout ce qu’il entend. Il tente ainsi d’épuiser un lieu parisien, de rendre compte de la vie quotidienne, de ce qui est monotone comme de ce qui est extraordinaire. Le livre Tentative d’épuisement d’un lieu parisien, paru chez Christian Bourgois en 1982, découle de ses observations.

La Tentative d’épuisement d’une œuvre de Riopelle organisé par l’équipe du Crachoir de Flaubert dans le cadre de la Nuit de la création 2013, au Musée national des Beaux-Arts du Québec, se proposait de réitérer cette expérience singulière à partir d’un tableau monumental de Jean-Paul Riopelle, Hommage à Rosa Luxemburg, présenté dans la collection permanente du musée.

Ce projet s’inspire à la fois du livre de Perec et des créations collectives des années 1980. Une dizaine d’artistes étaient conviés à s’installer autour de l’Hommage à Rosa Luxemburg pour produire des textes inspirés du tableau et des lieux. Afin de rendre l’œuvre de Riopelle d’autant plus inépuisable, les visiteurs de la Nuit de la création étaient invités à tracer un dessin sur un acétate, qui, par la suite, était remis à un artiste. Celui-ci devait tendre le transparent devant lui. Ainsi se superposait la création du visiteur à l’œuvre de Riopelle.

Dans le même esprit, les visiteurs qui entraient dans la salle et les artistes qui y étaient installés ont été invités à twitter, à l’aide du mot-clic #riopelle, leurs impressions sur la toile et sur l’événement, impressions présentées sous la forme de leur choix : haïkus, photos, aphorismes et fulgurances de l’esprit se sont donc affichés sur un écran disposé tout au fond de la pièce afin que tous puissent communiquer virtuellement, de même qu’en temps réel, ce qu’ils voyaient, ce qu’il y avait à épuiser.

La Tentative d’épuisement d’une œuvre de Riopelle s’est terminée avec la lecture publique des textes issus de cette soirée d’écriture. Le Crachoir de Flaubert propose ici d’en témoigner en rendant ces textes disponibles.

Directeurs du dossier :

Cassie BÉRARD

Pierre-Luc LANDRY
Treveur PETRUZZIELLO

Tentative no5 — Extrait d’un théâtre d’été

Par |2016-12-21T15:22:07-05:004 septembre, 2013|Non classé|

— Nos seules limites sont celles qu'on accepte. — Arrête-moi tes philosophies, viens m'aider à la place. J'ai des trucs à bouger pis t'es forte, la grosse! — Y'a encore ben juste une chose que j'suis pas capable de te faire bouger.

Quand le Louvre se joue des tentatives d’épuisement…

Par |2016-12-21T15:22:15-05:0028 août, 2013|Non classé|

Tandis que se déroulait à Québec une « tentative d’épuisement d’une œuvre de Riopelle », dans le cadre des Nuits de la Création, un petit groupe d’enseignants français se livrait à des tentatives du même ordre sur des œuvres que Riopelle aurait bien pu avoir fréquentées dans ses pérégrinations parisiennes. Le témoignage qui suit invite à la comparaison des expériences, et sait-on, au soutien des Québécois, en ces temps où la France lorgne sur les masters en création avec de plus en plus d’appétence.

Toi bête ensauvagée

Par |2016-12-21T15:22:22-05:0021 août, 2013|Non classé|

Trois canards morts noyés Les eaux sombres de l’étang Se sont faufilées avec doigté Jusqu’au cœur Pincé serré égratigné Un dernier cri avant la fin Puis les eaux sont retombées Mortes d’avoir tué Trois corps flottant Dans les reflets figés du jour Tout sera gris

Poèmes comme hors du temps

Par |2016-12-21T15:22:32-05:007 août, 2013|Non classé|

Les os vides des oiseaux Avec lesquels on peut faire des flûtes Et recréer leur chant Faire partie de leur voilier Sans pouvoir voler Mes os aussi sont creux Vidés de leur moelle Et moi de ma substance Plus rien ne danse Et je pleure Immobile, silencieuse

Les choses

Par |2016-12-21T15:22:40-05:0012 juin, 2013|Non classé|

En fait, quand tu m’embrassais je voyais des oiseaux, tes oiseaux, ceux que tu m’écoeurais donc tellement d’avoir vus sur chacune des œuvres de Riopelle. Je voyais des oiseaux quétaines comme tout, deux en fait, deux belles colombes juteuses qui se tournaient autour en se cherchant mutuellement la queue sur fond d’anneau de mariage et de dessin d’enfant. La cause et l’effet, la poule et l’œuf.

expérience de l’hommage

Par |2016-12-21T15:22:49-05:003 juin, 2013|Non classé|

6. des clous dans la paille en plastique d’un panier de Pâques version crucifiée d’une quête artisanale chercher une aiguille dans une botte de foin prend un sens théologique 7. on dirait d’abord une marmotte un poisson c’est un phoque sans doute une hirondelle elle s’étonne elle-même de ces attributions

De l’objectivité

Par |2016-12-21T15:22:59-05:0029 mai, 2013|Non classé|

20 h 46 On vient de me remettre un dessin et une phrase le paraphant : « il est inutile de créer sans elle ». J’ai l’impression qu’il s’agit d’un jeu de mot : « sans ailes », rapport aux oiseaux de Riopelle et à notre exercice. Cassie n’est pas convaincue par mon interprétation… Le dessin est encore plus énigmatique : au centre, une forme ogivale rayée verte; une espèce d’aile, justement, bien ronde et de même couleur, est soudée à la forme principale; une autre « aile », triangulaire celle-là, fend la forme centrale de ses rayures noires; en-dessous, un cercle rouge a été dessiné; les lettres de la phrase sont grasses et bleues.

pour quelques bêtes atteintes

Par |2016-12-21T15:23:08-05:0022 mai, 2013|Non classé|

ce soir la faune est rouge et les clous saignent dans les murs ça circule et ça jacasse à qui-mieux-mieux dans les fougères et les carcasses il y a des os dans les hélices à broyer les pigeons il restera toujours quelque chose à dire quand la main se refermera quand les curieux en auront soupé de la nuit

Procès-verbal

Par |2016-12-21T15:23:17-05:0015 mai, 2013|Non classé|

22 h 42. Ce que j’épuise finalement, c’est mon regard et non l’œuvre. 22 h 42. Regarder l’écrivain au travail n’est au final pas si intéressant que ça. On s’imagine alors ce que ce serait que d’assister au mouvement du peintre. Amplitude du geste.

L’ordre naît du chaos

Par |2016-12-21T15:23:28-05:008 mai, 2013|Non classé|

Trois cent soixante-treize clous. Je ne compterais pas jusque-là. Peut-être seulement trente-trois et des reprises. Peut-être un seul et la névrose qui veut qu’on répète. Peut-être tout ça, à différents moments d’une même vie, d’une même heure. Peut-être rien du tout. Et l’inspiration qui vient plutôt de celui qui regarde. L’ambivalence. L’excès et le goût de tout couvrir de mots, de concepts et de possibles. Ça fait mal de ne rien savoir.