En résidence

Le Crachoir de Flaubert accueille des chercheur-créateurs ou des chercheure-créatrices en résidence qui bénéficient d’un espace privilégié pour explorer les différentes possibilités de sa double posture. La résidence est un lieu virtuel que l’artiste peut investir de la manière qui lui convient le mieux. À mi-chemin entre le blogue, la chronique et le feuilleton, cette résidence permet à l’artiste d’exposer à un vaste public les résultats de sa réflexion ou de sa création, les hypothèses qui sont les siennes, ses coups de tête et ses coups de gueule concernant la recherche-création. Ce lieu unique au monde lui appartient le temps de son séjour parmi nous et les propos tenus ici n’engagent que l’artiste, qui a carte blanche pour créer et réfléchir.

Pour postuler à cette résidence, en tout temps, veuillez contacter l’équipe avec une courte description de votre projet en écrivant à l’adresse suivante : contact@lecrachoirdeflaubert.org

Chercheurs-créateurs et chercheures-créatrices en résidence
2014 : Cassie Bérard
2015 : Vincent Mauger
2016 : Danielle Boutet
2017 : Chloé Savoie-Bernard
2017-2018 : Nicholas Giguère
2018 : Naomi Fontaine
2019 : Fanie Demeule
2019 : Valérie Forgues
2019 : Stéphane Ledien

Encore une fois, les animaux morts

Par |2017-07-05T08:08:42-05:005 juillet, 2017|Chloé Savoie-Bernard, En résidence, Nouvelles, Récit, Textes de creation|

J’ai grandi, j’ai vieilli, un jour je suis partie de la maison familiale, j’ai emménagé dans un appartement avec beaucoup de colocataires mais aucun animal. Mais quelque mois plus tard, j’adoptais deux chattes que j’ai toujours. Je pense même souvent que ce sont mes enfants, je les appelle Mes filles. À vrai dire, je sens confusément que si je tombe enceinte, il y a plus de risque que j’accouche non pas de bébés enfants mais de chatons. Mon imagination ne dit pas si je les allaiterais ou pas; des petites dents de bébés chats, ça doit croquer durement les mamelons.

Les animaux morts, la vie domestique

Par |2019-03-05T00:26:40-05:007 juin, 2017|Chloé Savoie-Bernard, En résidence, Nouvelles, Textes de creation|

Plus tôt, sur le chemin entre Montréal et la campagne, à chaque fois que j’avais vu un animal mort, tué par l’impact d’une voiture, échoué sur le bas-côté de l’autoroute, quelque chose dans mes viscères s’était noué. J’étais parvenue à identifier : un renard, deux ratons laveurs, au moins six marmottes, deux chats — un blanc, un roux. La plupart du temps, nous passions trop vite pour que je puisse savoir ce qui avait été écrasé. Je voyais de la fourrure, du sang séché. C’est tout.

Les nuisettes de ma grand-mère

Par |2017-04-24T09:01:59-05:003 mai, 2017|Chloé Savoie-Bernard, En résidence, Nouvelles, Textes de creation|

Mes plus belles possessions sont ces robes-là et ces blouses-là, de ma grand-mère, en soie, que je porte encore, que je porte depuis presque dix ans. Les seules choses que j’ai eues d’elle, quand elle est morte, sont quelques vêtements, quelques nuisettes pour dormir, qui devaient être très amples, très larges sur son petit corps à elle, cent livres et des poussières, qui devaient être presque longues sur ses cinq pieds. Lorsque je les porte, j’ai l’impression que ces vêtements sur moi deviennent beaucoup plus sexualisant que sur elle, ils s’étirent, s’étriquent sur mes courbes, se retroussent sur mes jambes, ces robes et ces nuisettes qui peut-être en dévoilent plus qu’il ne le faudrait.

Trois fois se fondre

Par |2017-03-28T08:37:07-05:003 avril, 2017|Chloé Savoie-Bernard, En résidence|

Mon père, qui rentrait au pays natal pour la première fois depuis une dizaine d’années, parlait un créole cassé, un créole qui ne connaissait pas les nouvelles expressions à la mode, un créole aux intonations québécoises qu’il n’employait plus que pour parler à ses sœurs. Alors qu’il marchandait le prix des ânes qui devaient nous mener en haut de la Citadelle, forteresse emblématique de la ville où il est né, il s’est fait demander s’il n’était pas africain, par hasard.

Papa vivant; papa mort

Par |2017-03-01T15:15:57-05:001 mars, 2017|Chloé Savoie-Bernard, En résidence|

Dans les partys, les lancements, les gens venaient me parler et je m’inventais des nouveaux noms, oui, je faisais mon intéressante, mais en même temps je m’évanouissais derrière les façades en carton-pâte que je dressais pour le plaisir de la scénographie, je disais que je m’appelais Coralie, Nathasha ou Marie. Je disais que j’étais la fille de Dany Laferrière. Une fois, j’ai dit que j’étais celle de Mike Tyson. Les gens souvent ne connaissaient pas mes pères fictifs. Dany qui, Mike quoi? Ça me ravissait, je pouvais en beurrer encore plus.

Les vacances

Par |2017-02-02T20:10:04-05:001 février, 2017|Chloé Savoie-Bernard, En résidence|

On ne faisait pas beaucoup l’amour. On finissait la soirée en buvant du rhum pur, comme tu m’as appris à le faire. Tu ne me laissais pas remplir les verres parce que tu trouvais que j’avais la main trop lourde sur l’alcool fort. Parce que tu disais que les assiettes étaient toujours sales quand je les plaçais dans l’égouttoir, tu préférais faire la vaisselle toi-même. Pendant que tu la terminais, le soir, j’allais donc me coucher la première. Dans le noir de la petite pièce, j’entendais au premier étage les verres se cogner dans le lavabo quand tu les nettoyais.

La dynamique instauration dans la recherche création (partie 5)

Par |2019-03-05T00:44:42-05:009 janvier, 2017|Danielle Boutet, En résidence|

Ainsi il y a quelque chose d’autre qui se joue dans la recherche-création que la simple production théorique de type universitaire. La thèse classique n’est qu’un début. Si l’on est d’accord que les aspects conceptuels, intellectuels, épistémiques ont pris de l’importance dans les œuvres contemporaines (et comment le nier?), alors on ne peut voir ceux-ci que comme partie intégrante de la création et leur explicitation comme partie intégrante du défi créateur. Puisqu’on est toujours dans l’œuvre elle-même, alors cette dimension « méta » de l’œuvre est une nouvelle habileté à maîtriser et un nouvel axe d’exploration dans la création. C’est pour cette raison que j’insiste sur une recherche-création faite en première personne, par l’artiste, que je différencie des recherches sur l’art, plus classiques, plus fidèles aux injonctions scientifiques, conduites par des spécialistes de l’art.

La dynamique instaurative dans la recherche création (partie 4)

Par |2019-03-05T00:42:53-05:0012 décembre, 2016|Danielle Boutet, En résidence|

Dans le présent texte, je veux regarder la mécanique, en quelque sorte, de ce mouvement réciproque entre l’augmentation de soi et le développement de notre pratique artistique. Par « augmentation de soi », je veux dire l’augmentation de la conscience, l’intensification du sentiment d’exister, ainsi que de cet autre sentiment « d’intelligibilité », dont je vais parler maintenant, tout de suite après avoir ajouté que tout cela – conscience, sentiment d’exister, d’intelligibilité (ou de signifiance) – est concomitant et coextensif; ce ne sont là que différents aspects d’un même état d’être.

La dynamique instaurative dans la recherche création (partie 3)

Par |2019-03-05T00:43:24-05:0021 septembre, 2016|Danielle Boutet, En résidence|

D’un côté, on aura des spécialistes en blouse blanche mesurant, comparant et prenant des notes sur l’artiste en création. De l’autre côté, on a l’artiste elle-même, ou lui-même, qui s’observe et se parle à soi-même – qui travaille de façon réflexive… c’est la recherche en première personne, par l’artiste sujet et agent de la recherche, qui vit tout le processus et s’en trouve à chaque minute ému et ébranlé. Dans l’in vitro, la recherche est un acte en laboratoire, alors que dans l’in vivo, il y a continuité et solidarité entre l’œuvrement, la vie et nos pensées sur la vie.