Il a remarqué le miroir tard.

Pas le jour où il est apparu, mais plusieurs jours après.

Dans le couloir, un miroir était appuyé contre le mur.

Comme si certains objets n’entraient pas immédiatement dans le réel.

Il s’est arrêté devant lui, non pour se regarder, mais pour vérifier quelque chose.

Son reflet était exact. Trop exact.

Il a levé la main. Le reflet a suivi immédiatement. Pourtant, quelque chose résistait encore. Ce n’était ni un retard ni une erreur. Plutôt une intention silencieuse, presque imperceptible.

Il a reculé. Le couloir lui a paru plus long que d’habitude.

Le soir, en rentrant, rien n’avait changé. La tasse, le livre, la lumière : tout était resté à la même place. Il avait l’impression que les choses continuaient de tenir ensemble sans lui.

Il est retourné dans le couloir.

Le miroir était toujours là.

Il s’est approché.

Il a regardé derrière lui, dans le reflet.

Le salon apparaissait calme.

Mais quelque chose y était en trop.

Il n’aurait pas su dire quoi.

Il a cligné des yeux. Le reflet s’est ajusté.

Exact à nouveau.

Il a attendu un mouvement. Quelque chose. Mais le reflet restait immobile.

Il est resté là quelques secondes.

Puis il a murmuré :

— Tu peux rester.

Le miroir n’a pas répondu.

Pendant un très bref instant, il n’était plus certain d’avoir parlé le premier.