Sébastien Emond

JOURNAL CINÉPHILE D’UN POÈTE DE SÉRIE B

« Ayez confiance en votre propre mauvais goût. » – John Waters

Je dis souvent, à moitié sérieux·se, que j’écris car je n’ai ni la patience ni les nerfs requis pour l’industrie du cinéma. Il est vrai que les films de genre m’ont fabriqué·e de toutes pièces. Séries B, séries Z, cinéma bis, trash – name it. Je suis assis·e en permanence sur une pile de cassettes poussiéreuses posée au chaud, au centre de moi.

Le réel m’emmerde plus souvent qu’autrement; il m’apparaît insupportable sitôt qu’il n’est pas enjolivé d’une mince couche de vernis horrifique. À chaque événement charnière, son film-emblème – c’est l’angle qui me permet de verbaliser au mieux ce qui ne peut être exprimé autrement. J’éprouve mon humanité à son paroxysme lorsque je la soumets aux pires sévices, à des visions subliminales de faux couteaux et de pompes d’où jaillit le sang. C’est l’un des paradoxes de mon écriture et l’enjeu principal de ma démarche actuelle : l’expression de la violence est chez moi un moyen de mettre en évidence l’extrême sensibilité d’un « je » revendiqué comme autofictionnel et de dépeindre son rapport au monde.

Je propose donc au Crachoir de Flaubert mon Journal cinéphile d’un poète de série B. Je tâcherai d’y expliciter mon rapport émotif avec le cinéma horrifique et son rôle capital dans la formation de mon identité d’écrivain·e. Chacun des poèmes narratifs se penchera sur une œuvre cinématographique et ce qu’elle éveille de sensible en moi. À travers ce projet, je me propose d’abolir la hiérarchie entretenue à tort entre ce qu’on appelle « haute » et « basse » culture, et de faire coexister dans un seul souffle les gestes menus de la vie et les opéras sanglants les plus déliquescents.

The Haunting / Elle s’appelait Jessica

Par |2021-02-17T10:27:16-05:004 mars, 2021|Poésie, Poésie, Sébastien Emond|

je suis devenu tour à tour      homme           femme            mutant.e        émanation      serpent.e            scélérat.e        fragile              déprimé.e       hideux.se                    colossal.e        magnifique      gore            viscéral.e et hanté.e               hydre singe et titan

The Exorcist / la fois où j’ai faké la possession

Par |2020-05-26T14:14:02-05:0011 juin, 2020|En résidence, Poésie, Sébastien Emond|

L’odeur du chlore dans les vestiaires, jusqu’à la cafétéria dominée par le mac’n cheese. Ici, maintenant, les enfants ne sont plus tout à fait des enfants. Les gars jouent à un jeu qu’ils ont inventé, ils appellent ça rainbow. Le gagnant est celui qui se ramasse avec le plus de couleurs différentes de lipstick sur la bite.