Valérie Forgues

RAMANCHÉE

« Une immense solitude entoure les femmes qui avortent ». Ce sont les mots d’Annie Ernaux. Colombe Schneck la cite dans ‘Dix-sept ans’ et à mon tour, je les reprends. Je n’avais pas l’âge d’Annie ni celui de Colombe quand je suis tombée enceinte, j’en avais trente-trois.

Il n’a jamais été question que je mette cet enfant au monde.
On dit tomber enceinte, comme tomber en bas de sa chaise, une chute, un accident. Peut-être mettre en tombe une partie de soi pour en faire émerger une autre. J’ai été entraînée par le bas, attirée par le poids de mon corps et par celui si lourd de l’enfant qui se formait en moi. J’ai perdu l’équilibre, me suis sentie plus éloignée que jamais de mes amies, étrangère à ma propre mère. J’ai pensé à elle, au lien étrange qui relie les mères et les filles ; ma mère qui m’a tellement voulue, elle qui même avec ses mains magiques de ramancheuse, n’aurait rien pu faire pour calmer mon angoisse, ma peine, mon dégoût.

En douze textes brefs, je veux cartographier ce moment de ma vie ; briser la solitude qui l’entoure et la honte de ne pas m’être sentie à la hauteur, ni comme mère potentielle, ni comme fille.

4.

Par |2019-06-17T17:57:14-05:0027 juin, 2019|En résidence, Nouvelles, Récit, Textes de creation, Valérie Forgues|

Ma mère n’a jamais eu de chambre à elle quand elle était petite. Elle se trimballait chaque soir avec ses affaires en demandant à ses sœurs plus âgées où elle allait dormir. Et ses mains de ramancheuse l’ont trimballée de village en village, dans des lieux glauques, pour masser des inconnus et les guérir avec son prétendu don.