Valérie Forgues

RAMANCHÉE

« Une immense solitude entoure les femmes qui avortent ». Ce sont les mots d’Annie Ernaux. Colombe Schneck la cite dans ‘Dix-sept ans’ et à mon tour, je les reprends. Je n’avais pas l’âge d’Annie ni celui de Colombe quand je suis tombée enceinte, j’en avais trente-trois.

Il n’a jamais été question que je mette cet enfant au monde.
On dit tomber enceinte, comme tomber en bas de sa chaise, une chute, un accident. Peut-être mettre en tombe une partie de soi pour en faire émerger une autre. J’ai été entraînée par le bas, attirée par le poids de mon corps et par celui si lourd de l’enfant qui se formait en moi. J’ai perdu l’équilibre, me suis sentie plus éloignée que jamais de mes amies, étrangère à ma propre mère. J’ai pensé à elle, au lien étrange qui relie les mères et les filles ; ma mère qui m’a tellement voulue, elle qui même avec ses mains magiques de ramancheuse, n’aurait rien pu faire pour calmer mon angoisse, ma peine, mon dégoût.

En douze textes brefs, je veux cartographier ce moment de ma vie ; briser la solitude qui l’entoure et la honte de ne pas m’être sentie à la hauteur, ni comme mère potentielle, ni comme fille.

7.

Par |2019-09-26T11:54:33-05:0026 septembre, 2019|Non classé|

Me ramancher sans l’aide de personne. Tentative de me fabriquer moi-même.

6.

Par |2019-08-29T08:25:21-05:0029 août, 2019|Non classé|

La version idéale de moi dirait à F de rentrer chez lui. La version idéale de moi lirait un roman jusqu’à ce que ses yeux ferment tout seuls, irait fumer une cigarette sur la galerie en regardant briller la haute-ville au loin, écrirait un courriel à un être cher ; mais je suis tellement loin de cette femme-là.

5.

Par |2019-07-26T07:33:35-05:0031 juillet, 2019|Non classé|

Quand me prend l’envie de jouer à la mère, j’ai tous les enfants que je veux dans ma tête. Des bébés imaginaires pour chaque homme que j’ai aimé. Ils restent en moi, protégés du danger. À l’abri de moi, de mes imperfections, de ma rage, de mon non-désir d’eux..

4.

Par |2019-06-17T17:57:14-05:0027 juin, 2019|Non classé|

Ma mère n’a jamais eu de chambre à elle quand elle était petite. Elle se trimballait chaque soir avec ses affaires en demandant à ses sœurs plus âgées où elle allait dormir. Et ses mains de ramancheuse l’ont trimballée de village en village, dans des lieux glauques, pour masser des inconnus et les guérir avec son prétendu don.

3.

Par |2019-05-23T09:54:55-05:0030 mai, 2019|Non classé|

Ça veut dire que ma mère peut soulager les douleurs physiques des gens en posant ses mains sur eux. Quand nous étions enfants, ma sœur, mon frère et moi, elle nous disait qu’elle avait des mains magiques. Quand nous avions mal, elle nous flattait pour que la douleur parte.

2.

Par |2019-08-28T12:35:50-05:0030 avril, 2019|Non classé|

J’écrivais mon journal. Des pages entières sur la vie qui s’ouvrait si grand tout à coup, sur les soirées de danse dans les bars du quai, sur l’impression que j’avais de devenir moi, de coïncider avec moi-même.

1.

Par |2019-03-26T08:21:40-05:0028 mars, 2019|Non classé|

...la réalité me rattrapait : trouver un champ d’étude, chercher du travail, rencontrer idéalement un amoureux, acheter une maison, avoir des enfants. Ce qui a l’air tout tracé pour la plupart des gens m’apparaissait comme une cage.